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On connaît bien les sets de Luke Solomon puisqu'au cours de l'année dernière il est revenu à plusieurs reprises. Peu avant la soirée Magic Garden où il se produisait - et n'a pas fait complètement étalage de toute son expérience -, nous l'avons retrouvé à l'hôtel. Déjà parfaitement détendu, il finira par poursuivre son acolyte Gemini sur la piste à cinq heures du matin, Luke nous parle de sa musique déjantée, de sa famille extensible et de la situation des freaks dans la société, dont il ne va pas se plaindre. Car c'est écrit entre les lignes de cette interview : grâce à la musique, Luke vit une existence hédoniste faite de plaisirs de tous les instants. La house music, ça vous requinque un poissonnier.
La sortie du premier album de ton combo Freaks est imminente. Présente-le nous brièvement.
Ca faisait des années que l'on travaillait dessus, c'est une combinaison entre deux esprits convergents. On s'est beaucoup plus lâché qu'auparavant avec les singles, où c'est parfois délicat quand la finalité est de passer dans les night-clubs. Tu ne peux pas toujours exprimer pleinement tes influences, qui pour nous peuvent aller très loin. Sans compter qu'on espère toucher un nouveau public comme on dit, sans perdre la clientèle spécialisée qui nous suit depuis longtemps, qu'on ne voudrait surtout pas décevoir.
Tu es résident aux côtés de Kenny Hawkes des soirées "Space" au Bar Rhumba, et tu as de très belles fêtes à ton actif. Quels sont les avantages d'une résidence comme celle-là ?
Il y en a plein. Je ne sors plus beaucoup ailleurs, sauf à l'autre résidence que je partage avec Justin au club Junction à Brixton où le principe est le même, alors je ne ferai pas de comparatif, mais pour nous la résidence permet de jouer de la musique sans se soucier de faire bouger les gens, puisque de toute façon les gens vont bouger, si je m'exprime assez clairement. On a créé une environnement qui sied à la musique que l'on passe. C'est aussi une influence importante pour mes propres productions et plus généralement celles de mes deux labels Classic et Music For Freaks.
Si on qualifie ta musique d'étrange, te sens-tu concerné ?
Non tu rigoles, pour moi elle est très normale.
Et de psychédélique ?
Ah, c'est vrai que je suis un hippy, je le revendique. J'ai les cheveux longs et je suis quelqu'un de cool, qui parle aux gens facilement.
Avec Derrick Carter vous aviez appelé un morceau "Music For Freakz" (sorti sur Plink Plonk). A qui était-il destiné ?
A notre groupe d'amis, notre famille.
Quelle est pour toi la définition d'un freak ?
Ah, c'est une bonne question. Pas facile de trouver la bonne réponse. C'est un mode de vie. Les freaks sont des gens qui aiment passer leurs nuits dehors, à écouter de la musique, prendre de la drogue, faire du bruit, s'amuser. Le monde n'est pas peuplé majoritairement de freaks, mais où que j'aille, j'en ai trouvé. J'aime autant te dire qu'il y a du potentiel. C'est comme une famille qui ne cesserait de grossir. De plus en plus de gens ne veulent plus passer leur vie à faire des choses ennuyeuses. Avant d'être impliqué dans la musique, j'étais poissonnier. J'étais déjà un freak, mais j'avais du mal avec les horaires. Un freak est d'office un peu en marge de la société, c'est ce qui est dommage.
En étant basé à Londres, tu es entouré d'un grouillement sonique unique au monde. Est-ce que tu penses que ça déteint sur vos productions ?
C'est vrai qu'à Londres c'est devenu très délicat d'être tenu au courant de la tendance en vogue, tellement elles sont en nombre et se croisent à toute vitesse. Je suis passionné par la house music, alors je pense que je ne pourrais jamais changer, mais dans un certain sens, je suis réceptif à toutes ces petites innovations musicales. Et pour être franc, je crois qu'inconsciemment tout ça nous inspire. Ca ressort à notre sauce dans notre musique. Mais ce ne sont pas forcément les meilleurs disques qui nous rentrent dans le crane. L'underground britannique est très fort, parce qu'il faut faire de la résistance. Radio One diffuse souvent des nouveaux trucs, mais en général ce sont des versions aseptisées de ce qui se passe réellement dans l'underground. Les meilleurs DJs, comme Gilles Peterson, sont relégués à deux heures du matin. C'est très frustrant, c'est une bataille de tous les instants contre la récupération. C'est aussi la raison pour laquelle nous sortons le disque sur notre propre label. Et nous composons souvent notre musique en réaction à ces produits musicaux sans âme. Ca parait paradoxal, mais les deux extrêmes, underground et overground, nous motivent.
Quelles sont tes relations avec Derrick Carter avec qui tu diriges le label Classic recordings ?
Excellentes. On a beaucoup de respect l'un pour l'autre. En fait, ça se passe comme ça. On reçoit des morceaux, parfois chacun de son côté, et comme on partage les mêmes goûts, ou quasiment, on tombe toujours d'accord sur les disques à sortir. La plupart des producteurs du label ne sont pas juste des connaissances, ce sont des amis. Ca rejoint ce que je te disais avant : on en sait plus sur eux que seulement leurs qualités musicales. Ils considèrent que c'est une bonne structure pour accueillir leur travail.
Quelles sont les prochaines sorties de tes labels ?
On a plein de trucs en route. Le nouveau single de Derrick, très lointain, qui s'appelle "Mo Pschidt". Un single de Lo Soul intitulé "Lies", un autre de Sneak, "Rhythm Slave", et enfin un EP de Rob Mello, toujours très en verve, qui s'appelle "Parrallel Connection".
Tu n'as jamais sorti de disques français.
J'aimerais beaucoup pourtant !
Tu n'aimes pas la house française ?
Si, je suis la scène d'ici depuis longtemps, c'est juste que l'occasion ne s'est pas présente. Des labels comme Basenotic, Silver, des trucs qui ont une grande influence new yorkaise, DJ Deep et ses amis. J'ai remarqué que les Français avaient très bien saisi l'essence de la house new yorkaise. Je joue beaucoup de disques français.
Quels sont tes horaires préférés pour exercer ton métier de DJ ?
J'aime beaucoup faire venir les gens sur le dancefloor, jouer en warm up, le début de la soirée. Je pense être raisonnablement expérimenté dans cette tranche-là.
As-tu fais de bonnes soirées privées récemment ?
Dans quel sens ?
Des soirées dans des appartements, gratuites, pour des anniversaires ou ce genre de choses.
Figure-toi que demain après-midi je vais directement mixer à une afterparty chez un ami à Londres, mais ça ne m'arrive plus trop souvent. Je joue trois fois par semaine en général, et souvent les weekends, alors ça ne me laisse pas trop le temps. Mais j'adore ce genre d'ambiances. Ils en font d'ailleurs beaucoup à Chicago, c'est culturel.
Gregory Papin
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