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David Blot est une figure éminente de la nuit parisienne, journaliste musical avisé, ex Radio Nova, et
organisateur des défuntes soirées Respect. En réalisant le scénario du « Chant de la Machine », il s’est livré à un travail d’historien de la House, confiant les dessins à Mathias Cousin un ami d’enfance, raver de la première heure. Il a bien voulu répondre à nos questions avec l’enthousiasme du passionné et le débit de l’homme de radio, ces gens là ont horreur du silence…
Quel est le principe de votre BD «Le chant de la machine» ?
L’idée de départ c’était de raconter l’histoire de la House et de la Techno, les musiques qui font notre quotidien depuis dix ans. En s’intéressant de plus près aux origines de la House, on s’aperçoit que ses racines sont très lointaines, on a fait un « way back into time » et on est remonté plus loin que l’habituelle année 88. Tout ça remonte au disco, la house est l’enfant du disco. et le disco est lui-même enfant du R n’B et de la soul… On a fragmenté la BD en deux volumes, le premier commence en 1970 et s’arrête en 1987 et le second volume, qui paraîtra dans un an ou deux, reprend l’histoire en 1987 pour aller jusqu’en 2000-2001…
Vous êtes aussi remonté à l’origine des clubs ?
Oui, mais il n’y a pas vraiment d’origine des clubs, les hommes ont toujours fait la fête, du bal villageois aux fêtes de l’ambassadeur. Si on n’avait pris que l’angle de la fête on aurait été forcé de remonter à l’homme préhistorique (rires)…
On a découvert que le mot discothèque est un mot crée par la langue française, les premières discothèques ont ouvert dans les années 50 et 60. Pour le disco on évoque le Loft de David Mancuso, puis le Studio 54, puis le Paradise Garage où Larry Levan préfigurait la house en mélangeant pop, electro et disco ; puis le Warehouse de Chicago où jouait Frankie Knuckles, puis Détroit…
Vous ne vous êtes imposé aucune restriction géographique ?
L’histoire de la House est un va-et-vient constant entre les Etats-Unis et l’Europe, avec l’Afrique au milieu qui marque le rythme et la pulsation. Mais on s’est focalisé sur trois villes : New-York pour le Disco, Chicago pour la House et Detroit pour la Techno, et on a ajouté Manchester en joker outsider pour ne pas oublier New Order. Car si toutes ces musiques sont nés aux USA, elles ont explosé via l’Europe. Les anglais n’inventent rien ils récupèrent les musiques et leur donnent plus d’impact. On a aussi fait un tour par l’Allemagne de Kraftwerk et Giorgio Moroder, et la France de Jacques Morali et Cerrone. tous ces gens ont fait progresser le Disco en triturant leurs machines.
Comment as-tu découvert les clubs ?
Dans les années 80 à Paris il y avait d’un côté les Bains Douches tendance Ardisson : friqué, branché et élitiste. Et de l’autre il y avait les boites popus comme La Scala, et encore c’était le temple du bon goût en comparaison avec certaines boites de province. En fait c’est New Order qui nous a familiarisé avec la Dance, mais on est d’abord passé par les premières raves, c’était en 89. Entrée à 50 balles, boissons à 10 balles, gros sons, fumigènes et exctasy…on s’est mis à danser sans complexe. Puis on a connu les clubs, maintenant j’aime les clubs, je travaille dans les clubs et je vis pratiquement dans les clubs (cf : Respect).
Justement qu’y a-t-il de si vital dans les clubs ?
Contrairement aux concerts de Rock, quand tu vas dans une soirée tu sais quand ca commence, tu sais pas quand ca finit et entre temps il peut tout arriver. Tu peux mater le DJ, certains le font c’est leur problème, mais tu peux aussi draguer une fille dans le coin à gauche, faire la connaissance d’un type dans le coin à droite et te bourrer la gueule au bar. Les clubs sont faits pour les rencontres, ce sont des lieux de brassage social. (enthousiaste) Ta vie peut changer quand tu vas dans un club, il y a une part d’inconnu, de mystère… Malheureusement ca n’arrive pas à chaque fois et tu peux aussi te faire casser la gueule par les videurs. (rires)
Les clubs dont vous parlez dans « Le Chant de la Machine » sont devenus des endroits mythiques…
Il y a le Loft un club ouvert à NY au dédut des années 70 chez le DJ David Mancuso, il ne craignait pas la police puisqu’il ne vendait pas d’alcool, mais la drogue coulait à flot. L’atmosphère était titanesque, le sound system avait été confié à un spécialiste des effets sonores au cinéma, qui avait fait le son de Earthquake et de bien d'autres films catastrophes très en vogue à l’époque. On peut essayer d’imaginer les vibrations… Il y a aussi le célèbre Studio 54, on raconte que les invités s’asseyaient sans le savoir sur des fauteuils en cuir bourrés de milliers de dollars en cash, car les patrons fraudaient le fisc. On raconte aussi qu’ils faisaient des listes de VIP avec leurs noms et leurs drogues favorites, par exemple Dustin Hoffman : quaaludes, Jack Nicholson : cocaîne etc…
Et que penses-tu des clubs d’aujourd’hui ?
Il y a quelque chose de regrettable aujourd’hui, c’est le manque de brassage, de mélange. Le brassage social se fait toujours, mais le brassage des générations est un peu mort. Avec mes deux camarades de Respect, on a parfois un peu l’impression de faire garderie, la moyenne d’âge tourne autour de 20 ans. Bien sûr on est trop jeune pour avoir connu les débuts du Palace mais il me semble que l’alchimie reposait sur un mélange : 30% de plus de 30 ans, 30% de moins de 20 ans et le reste entre les deux. Tu pouvais parler avec un vieux pépé et te rendre compte que c’était Aragon ou Roland Barthes…
Vous avez pris des libertés avec la réalité ?
On a eu l’idée de mettre parfois la musique un peu de côté et de s’intéresser aux personnages, chaque personnage ouvre un champ de fiction. On a fait un travail de recherche assez rigoureux, mais on se fout de la réalité, on s’est permis de broder. Il y a une phrase de John Ford qui dit : « Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende ! », c’est ce qu’on a fait.
Mathieu Rotman
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