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"Après la musique, on donne notre avis sur le marketing, l’artwork, les vidéos."
   

Cette interview est actuellement indisponible. Merci de bien vouloir nous en excuser. Virginia Beach, petite station balnéaire de la côte Est des Etats-Unis, est devenue la capitale du son gras depuis quelques mois: y habitent Teddy Riley, Timbaland et les Neptunes, soit ce qui ce fait de mieux et ce qui vend le plus en hip-hop/RnB. Découvert par Riley alors que sa carrière battait de l’aile, le duo va s’affirmer pleinement dans le rap festif d’envergure. Suite à deux titres calibrés underground (The Clipse “The Funeral” et Noreaga “Superthugs”), ils font un hold-up fulgurant dans la cour des grands. Pharrell Williams et Chad Hugo, vingtenaires, sont le team de production le plus prisé: dans le désordre, Jay Z , Ol’Dirty Bastard, Britney Spears, Nelly, Busta Rhymes, The Clipse, ou leur protégée Kelis, et nombre de groupes souterrains ont posé sur leurs bandes-son démoniaques. Fait exceptionnel, on leur a même proposé de réaliser leur propre LP. Ce qu’ils se sont empressés de faire avec le projet N.E.R.D.,“In Search Of…”, et sa fusion ample de rock, soul, hip-hop aux frontières du paranormal. Après la ressortie de l’album en version acoustique (qui présente peu d’intérêt), et alors que tout le monde les connaît en France après une année de propagande, Wsound vous propose de les découvrir, avec cette interview réalisée l’année dernière (avant Britney), mais toujours d'actualité, vu le retard - bien français - à l'allumage. L’interview se terminera avec une tirade décousue et humaniste de Pharrell —qui porte par ailleurs une Rolex de un million de dollars— et qui fera une coupe pour appeler son homie Noreaga, comme ça. Nerd (Intello), mais imprévisible.
 
Vous êtes des producteurs mainstream aujourd’hui, et pourtant vous conservez un grain original. N’est-ce pas paradoxal?
Je ne pense pas. Les gens nous demandent de faire notre truc, balancer des beats qui fonctionnent. Si c’est original, le public va le retenir, parce que ça change du reste. Mais en fait, notre rôle va parfois plus loin que ça. On donne notre avis sur le marketing, l’artwork, les vidéos. Après les artistes suivent ou pas nos conseils.

Avez-vous le sentiment d’être devenus incontournables?
Non, loin de là. Il y a plein de gars qui déchirent! Ça te pousse à te renouveler.

Justement, vous avez une empreinte personnalisée, une signature. Mais du coup beaucoup de prods ont des similarités fortes, notamment la caisse claire.
On veut imprimer notre marque de fabrique. Si tu me dis ça, c’est qu’on a réussi.

Quelle est la machine dont vous ne vous sépareriez pas?
L’ ASR 10. Parce qu’il y a plein de choses à faire avec (NDR, Chad veut brouiller les pistes, chacun sait qu’ils utilisent le Triton).

Vous pratiquez rap et RnB. Où y a-t-il le moins de formatage?
L’idée n’est jamais de sortir du format mais de repousser ses limites, si possible. Le rap et le RnB n’ont pas les mêmes contraintes.

En tant que concepteurs sonores freelance, avez-vous le sentiment d’être toujours au service des artistes que vous produisez? Est-ce la raison pour laquelle vous lancez votre projet solo?
N.E.R.D. est le truc avec lequel on s’éclate le plus. Mais ça ne signifie pas qu’on se prend la tête pour fabriquer des beats pour les autres. Maintenant je pense qu’on le fait suffisamment bien, on est en confiance. On propose, on affine éventuellement avec l’artiste, ça se passe très simplement. Avec N.E.R.D., on a eu l’opportunité d’aller au bout de nos idées, même les plus inavouables. Alors c’est assez différent.

Une rumeur court: vous auriez réenregistré l’album en acoustique.
La rumeur dit vrai: le disque est terminé.

Pourquoi? Vous passez votre vie sur des machines!
Ça ne nous empêche pas d’intervenir, au contraire. Il y a plein de choses à faire avec des instruments et des machines. On cherchait un autre type de son: des batteries qui claquent d’une autre manière. Les musiciens apportent un nouveau souffle au projet.

N.E.R.D. casse les frontières qui séparent rock, rap, électronique. Vous êtes en mission?
De ce point de vue, on vit vraiment une période très excitante. Nous avons toujours écouté de tout et ça se retrouve dans notre musique. Les fusions, c’est toujours ce qui a fait avancer la musique. Et je crois que le public est prêt pour de nouveaux mélanges, malgré des clivages qui persistent.

D’où vous vient cette curiosité?
En Virginie, la population est très mixée, les mentalités aussi. On a grandi avec autour de nous des gens qui écoutaient de l’electro, d’autres de la country. Du coup, tu entends un peu de tout. C’est pour ça que Timbaland déchire, et que Riley, quand il a déménagé, s’est retrouvé dans un autre monde.

C’est un truc local ou c’est le fait d’être dans une petite ville?
Non, on ne dit pas que c’est à cause de la Virginie. Tout est relatif de toute manière. Mais c’est grâce à cette atmosphère qu’on s’est ouvert l’esprit.

Vous revendiquez le fait d’être producteurs freestyle.
Les producteurs et les artistes dictent ce qui se passe, fixent les règles, en accord avec les médias et la radio, d’accord. Quand tu arrives à retenir l’attention de beaucoup de monde, tu es en position de faire un peu ce que tu veux, de te dépasser. Chacun a ses restrictions, mais tu dois essayer d’être constamment original, de ne pas te répéter. Ce serait dommage de pas profiter de la situation.

Mais quand vous bossez pour Britney Spears, il n’est plus question d’être subversif.
Détrompe toi! Ce qu’on a fait avec Britney, trois titres pour son prochain album, c’est complètement démentiel. On est reconnaissant d’avoir eu l’opportunité de toucher encore plus de gens à travers elle, et on la trouve vraiment sympa.

Jusqu’à présent, elle a quand même fait de la sous musique.
C’est pas juste de confondre la personne et l’industrie qu’elle représente. Dès que t’as de l’argent qui rentre, t’as les vautours qui commencent à tourner. Et la jalousie. On s’en rend très bien compte à notre niveau, déjà. Mais tu peux pas la haïr parce qu’elle a trouvé sa niche. On ne peut pas juger la musique, ni la sienne, ni une autre. Si tu kiffes, tu cours l’acheter. Si ça te plaît pas, il suffit de baisser le volume.

Vous êtes des idéalistes?
On essaye de transmettre de l’espoir, et, oui, de positiver. Sur l’album, t’as des passages sexuels et de bons messages jamais trop loin. La jeunesse, dont on fait partie, ne veut pas être éduquée. Franchement, qui voudrait d’une chanson qui dise ‘ne baise pas’, sans conditions? Pour leur inculquer une morale, tu dois présenter des exemples, mais des exemples stylisés. Prends notre single « Lapdance ». Il met en parallèle les strip teaseauses et les politiciens. Les deux dépensent ton fric, et disparaissent dès que t’en as plus. Où est le président dix ans après son élection? En train de chiller avec ton argent quelquepart! On veut amener notre public à réfléchir sur ce genre de choses, sur l’utilité de l’argent. Si personne n’allait bosser trois jours de suite, imagines comment ça fouterait l’économie en l’air!

Ca vous plairait hein?
Oui, on a pas besoin de tunes!

Mais ta montre, Pharrell?
Non, non, je ne la porte pas pour exposer ma richesse. Elle vaut son prix, parce que j’aime ce que je vois quand je la regarde. Mais je n’en ai pas besoin. Je crois profondément que l’argent n’est pas une nécessité. Tous les risques encourus par certains, le malaise créé par des bouts de papier imprimés par le gouvernement, ça me dérange sérieusement.

Gregory Papin


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