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Retraçons le processus. Metro Area se compose de Morgan Geist et Darshan Jesrani. Acte I: au fil de plusieurs vinyles dansants et décents suscitant l’adulation immédiate auprès des DJs techno, tech house, house, electro et les excentriques qui jouent de tout, Metro Area, à défaut d’être sur toutes les lèvres, figure déjà en bonne place dans toutes les playlists. Une mise en bouche relayée par des lives où-il-fallait-être à Aquaplanning ou plus récemment à Villette Numérique, et qu’il est grand temps de matérialiser sur un CD regroupant cette série de maxis encore incandescents. Cet album prévu pour septembre, constitue donc le deuxième acte. Nos deux gaillards n’ont pourtant rien des calculateurs malicieux ayant mis en place une stratégie d’attaque du microcosme planétaire de la hype: le bouche à oreille a ses raisons que la raison du management ignore. Disons plutôt qu’ils ont les clefs du réfrigérateur disco/funk, le compartiment couvrant les années 70, début 80, et que leur musique rétroactive retranscrit avec une sensibilité très sure les sensations de cette période de luxure de la dance music, la mieux gravée dans l’inconscient collectif. La plus abordable pour le commun des mortels. Là où c’est saisissant, c’est que la tendance n’est plus pointée sur ce revival-là. Mais revival est un langage qui ne parle pas à ces énergumènes plongés 24/24 dans la pénombre des studios, comme vous allez le constater dans cette passionnante interview. Bien qu’en retard d’une mode, leur musique indatable n’a rien du disque rayé.
Les collectionneurs de disques disent toujours que tout ce qu’on peut entendre aujourd’hui existait déjà, par bribes, avant 85. Vous êtes d’accord?
Darshan- Non, je ne pense pas. Avant 85, on a posé les jalons de la musique actuelle, mais on était loin d’avoir exploré toutes les possibilités.
Morgan- On peut faire grâce à la technologie d’aujourd’hui des choses impossibles physiquement sur des instruments, ou alors il faudrait plus de doigts. Mais sur le plan philosophique, la musique est beaucoup plus vieille que les disques. On fait de la musique depuis des milliers d’années, et là aucun collectionneur ne peut prétendre avoir tout redécouvert.
Je vous dis ça parce qu’on vous associe souvent au revival disco/funk.
M- (grimace) Je ne comprends pas pourquoi. Je veux dire je comprends où on veut en venir, mais pas pourquoi on nous réduit perpétuellement à ça. En écoutant de près, tu es obligé de réaliser que beaucoup de choses changent de cette période. Certaines de nos techniques de production viennent directement de là, mais notre musique n’est certainement pas une photographie de cette époque. On ne compose pas exactement pareil. Nos morceaux prennent d’autres directions. On met nettement moins d’éléments par exemple. Les gens qui écoutent de manière superficielle, qui ne grattent pas au delà de la surface, ne se rendront pas compte de ces différences. C’est pas comme si délibérément on voulait faire comme avant.
Mais ce qui est génial avec vous, que ça vous plaise ou non d’ailleurs, c’est que la disco est un cliché, un cliché très populaire même, et que votre musique peut attirer plein de gens. Mon amie n’aimait que Madonna, elle aime aussi maintenant Metro Area.
M- En théorie, la pop music est un truc extraordinaire. Le problème c’est que quand t’écoutes deux heures les radios commerciales t’as envie de te tuer.
D- C’est vrai qu’au début des années 80 à New York, certains succès club sont devenus des succès pop.
M- On cherche pas à se couper des gens. Au contraire, plus il y a de gens à qui notre musique correspond, plus on sera heureux. On ne fera juste pas le pas de trop vers eux. Ca rejoint la raison pour laquelle on fait de la musique, et on tient pas à se changer pour plaire au plus grand nombre.
Revenons donc à votre musique. Vous avez un son assez clean, ça change des oldies qui grésillent en soirée.
D- Pourtant notre matos d’enregistrement est vieux aussi! On travaille avec ce qu’on a. Pas pro tools, une console des années 80 introuvable mais qui a un son incroyable. En fait, nos disques ont donc un son assez poisseux mais avec du caractère. Par contre, ce qui explique cette impression, ce sont les arrangements. Comme on laisse beaucoup d’espace dans le mix, ça lisse le son.
M- Sinon, entre nous, les oldies, à force de les jouer, ça grésille.
Merci du conseil. Je capte mieux pourquoi votre musique est lente: pour qu’on aie le temps de tout bien écouter.
M- Je n’avais jamais vu ça comme ça, c’est intéressant. On prend le tempo approprié selon le morceau. Le tempo est ce qui, en fin de compte, donne le groove.
Il y a un autre paradoxe chez vous, c’est l’usage des instruments live. Vous les insérer dans votre mixture, mais en même temps vous utiliser beaucoup de faux sons synthétiques.
M- Ca on adore. C’est notre côté puriste qui ressort, parce que ce grain particulier a un côté supercherie un peu rigolo.
D- Mais ça ne marche pas à chaque fois, il faut que ces sons restent en retrait pour garder leur attrait. Le gros de notre musique, c’est du live, parce que c’est classe, déjà, et qu’on a besoin de dynamique pour que ça fonctionne. En plus c’est plaisant d’enregistrer tous ces musiciens dans notre studio, ça fait producteur sérieux.
Une chose que vous occultez totalement par contre, c’est le côté exubérant de la disco.
M- C’est ce qu’on disait. On retranscrit à notre manière, avec notre background. On a écouté la vague minimale.
Morgan, en dehors de Metro Area, tu as toujours des projets solo à droite à gauche, plus axés techno. Sauf ton album « The Driving Memoirs » sur Clear, qui avait déjà de gros relents eighties.
M- C’est amusant que tu en parles, parce que selon moi il avait effectivement un côté beaucoup plus marqué que Metro Area. Je ne compte plus le nombre de trucs que j’avais samplé là dessus: D Train, Moroder, Herbie Hancock.
Et alors l’album de Metro Area, ce sera comment?
D- On fait deux versions: vinyle pour les DJs et CD pour tous les autres. Pour le vinyle, il y aura huit morceaux, dont quatre inédits.
M- On reçoit beaucoup de demandes et deux des quatre maxis Metro Area sont épuisés, donc là, avec le CD, les gens auront tout, enfin, l’essentiel.
Vous apparaissez autant sur les compiles house que les compiles downtempo.
D- Il faut savoir qu’on a toujours fourni trois morceaux complets sur nos maxis, pas d’arnaque sur les dubs ou les bonus beats. Du coup, on a jamais été obligé de mettre trois floor fillers (littéralement, les remplisseurs de dancefloor, NDR), et on a pu sortir des titres plus midtempo. On prend toujours notre temps pour bien choisir ce qu’on va sortir, et à côté de quoi on va le sortir. Je crois que les gens apprécient cette cohérence.
Qu’attendez vous de cet album, sachant que le monde des DJs electro est à vos pieds?
M- Ca nous chatouille pas trop jusqu’à présent. Ca grouille autour de notre nom, tant mieux, mais on ne focalise pas du tout sur ça. Cet album est un résumé de quatre années de travail, et on espère qu’il sera bien reçu par le public. Et qu’on ait accès au public.
Par tous les moyens?
M- Depuis huit ans que je fais de la musique, j’ai appris à me passer d’MTV. Mais si une major voulait nous proposer une licence, sans intervenir sur le disque qui est terminé, on serait pas contre.
Vous vous produisez aussi en DJs de temps à autre. Question piège: vous jouez du vieux ou du neuf?
M- Des vieux trucs plutôt.
D- Des vieux trucs surtout.
M- Je fais tout pour me tenir au courant, on m’envoie des disques, mais il n’y a rien à faire: les vieux disques déchirent souvent plus.
Ca contredit toute l’interview qu’on vient de faire.
M- Absolument pas! Notre préférence va quand même aux vieux disques faits aujourd’hui.
Gregory Papin
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