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Chronique de "The Remixes : 1997 - 2000"

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 Jazzanova
 
"L’album reste la première véritable étape pour un artiste. Avant ça, tout ce qu’on a pu faire, les remixes etc, c’était pour la promo de l’album."
   

Ce n’était sans doute pas le bon moment d’interviewer Jazzanova. Ce n’était sans doute plus le bon moment pour eux de sortir leur album. Mais les agendas sont ce qu’ils sont, et c’est donc quand la musique d’intérieur s'écrase dans le canapé que nous en avons un échantillon de trois devant nous. Reste que beaucoup de leçons restent à tirer de ce groupe aux skills immenses, à l’audace paradoxalement toujours aussi pointue. Rater un album ne signifie pas être dans l’impasse, surtout qu’il y a de la ressource, et on peut d’ores et déjà se préparer aux futurs rebondissements. A moins que le revers de leur perfectionnisme tout azymuth, ce serait le long player. Guettez donc le prochain Jazzanova dans les bacs vinyls, parce que c’est là que le gratin est à gratter.
 
Vous êtes trois aujourd’hui, vous êtes six en studio, vous êtes combien au juste?
Euh oui… pour Jazzanova, nous sommes six personnes, en studio on travaille par équipes de deux à tour de rôle. Les autres réécoutent ensuite, et donnent des idées pour ajouter ou enlever des trucs.

Pourtant on a pas cette impression avec votre musique. On dirait presque que c’est la musique d’un seul.
Ca vient du fait qu’on pas six studios différents ! On en a deux avec à peu près le même équipement, et surtout un seul studio pour le mastering, pour tous nos morceaux.

Alors si vous êtes six à réécouter dans le processus, je vous pose pas la question : c’est pour ça que ça a pris autant de temps.
On n’a pas vraiment chronométré, ni suivi de plan de carrière pour faire nos disques. On a juste pris le temps dont on avait besoin. Nous avions été surpris par la réaction au premier EP, qui a toujours été pour nous un succès accidentel. On est passé en un temps d’inconnus à tout le monde qui nous regardait. Mais l’album reste la première véritable étape pour un artiste. Avant ça, tout ce qu’on a pu faire, les remixes etc, c’était pour la promo de l’album. Ca fait que six mois qu’on s’est dit : faut qu’on termine !

Du coup c’est que de l’inédit.
Ca vient de nôtre côté DJ, d’aller acheter des disques. Souvent t’as l’impression que rien n’est neuf sur les albums et nous on voulait pas de ça. Faut que ce soit nouveau pour tout le monde, même pour les DJs.

Pourtant, parmi ces DJs qui vous connaissez déjà, on a le sentiment qu’il y a pas mal de déception. Ca vous inspire quoi ?
Ca tient à un truc simple. On a pas gardé nos idées pour l’album. Dès qu’on a une idée, on fonce. Meme pour nos remixes, qui auraient pu être confidentiels, on balançait nos meilleures idées. Ce qui ne veut pas dire que cet album ne contient aucune idée nouvelle. Ne serait ce que la construction du premier track, avec un différent beat sur chaque sample, qui passe de 6/8 à 3/4 à du live, c’est du jamais vu.

Vous avez pas l’impression de vous avoir bruler les ailes ?
Pas du tout.

Bon. C’est pas un DJ friendly album.
Ben t’as toujours besoin de trucs pour les warm up, donc on a fait des titres plus lents. C’est sur que c’est pas un album house mais bien orienté sur le rythme. Parfois des gens dansent aussi sur des trucs mellow. Ce qu’on voulait vraiment, c’est une mixture pour DJs excentriques, qui apprécient la musique plus calme en club. Nous on joue aussi jazz, brésilien.
Et en fait on a conçu le tracklist comme un set DJ, comment amener les filles, faire s’éclater les mecs.

Je pensais que vous supportiez pas le 4/4.
Pas du tout. T’as des putain de morceaux house fin 80, debut 90. Si un track est bon, il est bon. On dira jamais le two step est mort, la house c’est pas bien. Faut pas se fermer à quoi que ce soit. Après le remix de Ian Pooley, on nous demandait de refaire pareil, des trucs dance sophistiqués. Et nous on rendait des trucs lents et electro comme celui des Marshmellows. Comme quoi c’est possible de bien faire plusieurs styles.

D’où le nom de « In Between ».
Exactement.

Mais parfois tout le monde ne partage pas les mêmes références. Peut être que des fois vous faites appel à des références trop obscures.
Oui, la culture musicale varie pas mal de pays en pays. Mais bon, en général on fait la musique de notre temps. Et la scène club, ça fait à peine 15 ans, donc c’est pas encore de la culture.

Que répondez vous aux gens qui disent que vous faites de l’acid jazz ?
(interloqués)

Si, si, y a quelques journaleux par ici qui croient que vous faites de l’acid jazz.
Alors au tout début de l’acid jazz, dans les années 60 (rires).

De l’acid jazz programmé ?
Non, surement pas acid jazz. Mais c’est vrai qu’on fait une combinaison entre live et programmation. On se sert de la programmation pour faire des trucs impossibles avec les seuls instruments. On aurait jamais pu faire cet album en 90. L’acid jazz c’était un cliché, une vaste blague avec les afros, l’attitude, la funkyness un peu galvaudée. Mais t’avais des bons trucs dedans, comme la fait que ca a initié certaines personnes au jazz. Il en reste pas grand chose dix ans après. Maintenant on nous classe comme nu jazz, ce qui est encore pire dans le sens où ca veut encore moins dire quelquechose. Mais bon, ça c’est plus le boulot des journalistes.

Mais où vous vous situez ?
Certainement pas dans la hype. Ca va ça vient. Tu vois Metro Area (qui partage la même boite de promo à Paris, NDR), on nous rabache la tête pour faire monter le buzz. Résultat : quand ils sortiront leur album, tout le monde leur tournera le dos. Nous ce qu’on cherche c’est durer en tant que groupe, en restant soudés, et que notre musique puisse durer. La hype est dangereuse parce qu’elle dirige les goûts de pas mal de gens influençables. Les gens qui viennent avec la hype repartent dès que ça se dégonfle. Le mouvement des music lovers, auquel on a l’impression d’appartenir, garde le profil bas pour éviter ces travers. On essaye pas de vendre autre chose que la musique. Il y va de notre crédibilité.

Revenons à l’idée de programmer des beats de manière jazz. Pour les puristes de jazz, ça n’a pas de sens.
Les fans de jazz dont tu parles, on a l’impression qu’ils se sont arrêtés à la fin des années 70. Qu’ils ne connaissent pas Herbie Hancock. Le sampleur et l’ordinateur sont des instruments supplémentaires. L’improvisation pour nous, ça se passe avant l’ordinateur. L’ordinateur fixe cette improvisation, comme lorsque les jazzmen étaient enregistrés, ça fixait leurs solos. Donc on ne fait rien de bien différent dans la méthode. Seulement avec l’ordinateur, tu peux faire plein de corrections, de changements abrupts, mais pouvoir ne veut pas dire que t’es obligé. Ou que le travail du son ne fait pas partie de l’improvisation ! Et puis le jazz ne se résume pas à l’improvisation. Chacun a sa définition du jazz. Pour certains, c’est une façon de vivre, ce sont quatre lettres de notre nom. Ce qui nous rapproche du jazz, c’est la basse et les batteries.

Vous êtes quand même de véritables obsédés de la découpe.
Ca ça vient plus du hip hop. Tu prends un sample, pas forcément rythmique, et tu le découpes effectivement pour le dynamiser. Tu peux jouer avec le sample de cette façon.

Il y a beaucoup d’invités de Philadelphie.
Là bas la scène est très centrée sur la soul et c’est amusant que ce soit eux qui nous aient remarqués, par l’intermédiaire de King Britt, qui nous avait invité et nous a présenté à tout le monde il y a quatre ans de ça, Ursula Rucker, Vikter Duplaix. Vikter on pensait qu’il était blanc, parce qu’il a une façon de chanter vraiment particulière. Il nous avait jamais dit qu’il était le meilleur ami de Jazzy Jeff, ce qui était tant mieux pour pas que ça nous impressionne de trop, et qu’on puisse travailler correctement.

Vous allez produire pour d’autres ?
C’est notre but. On veut construire notre gros studio à Berlin, rester hors des spotlights, et bosser tranquille sans se stresser avec des interviews (rires).

Désolé.

Gregory Papin


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