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Charles Webster, c’est un gars qui gère l’espace sonore comme personne. Un cauchemar pour Wsound, tellement on trouve sa musique bien et mieux encore. Ses variations climatiques subjuguent, et son album « Born On The 24th of July », juste paru sur Peacefrog, est une énigme : où se cache la rythmique ? A peine perceptible, la cadence se distingue du commun des tracks à danser. Webster, on le connaissait par une bonne pile de maxis sous divers pseudos (Love from San Francisco, aujourd’hui son label Miso), ou via Presence, projet collectif avec lequel il avait sorti un bel album electro soul voici cinq ans. Rencontre à Paname sur une tonalité décontractée.
Avec cet album, il semblerait que tu nuances encore plus ton style. Si on parle de kickless house, ça te va?
Avec Presence, j’avais fait des chansons soul à forte dose électronique, et par ailleurs j’ai toujours sorti des maxis franchement house. Mais ce nouvel album est entre les deux univers. Il faudrait une section ‘musique’ dans les magasins de disques, en plus des sections house, hip-hop, RnB, etc. Comme tu disais, il y a parfois des tempos house, parfois même une dynamique qui rappelle la house, mais sans la rythmique telle quelle. Le pied prend souvent trop de place à mon goût, même si je suis à 100 % influencé par la house.
En général, un album de chansons est rarement autant travaillé dans le son. Tu tenais à le faire sentir à ta maison de disques ?
Non, non. J’ai d’excellentes relations avec Peacefrog, mon nouveau label ! La partition de la musique n’est pas très complexe, même si une chanteuse me demandait toujours où est le refrain, alors qu’il n’y en avait pas, c’était à elle de l’imaginer. Je préfère cette écriture basique, et j’ai surtout évité de le surproduire. Le pire aurait été de faire sonner ces chansons simples commerciales. Mais producteur c’est mon métier donc c’est naturel de travailler les textures sonores.
As-tu enregistré ce disque sur un petit volume ? On dirait, vu la manière dont c’est produit.
Je prends cette critique personnellement, sachant que ça fait des mois que je veux changer d’enceintes ! Les miennes sont trop petites. Mais non, j’écoutais assez fort, simplement la qualité du son en studio pouvait être meilleure. On me dit aussi que si j’avais insisté sur certains sons, en les relevant dans le mix - comme le pied puisque tu en parlais -, ça aurait été en radios, parce que nettement plus accessible. Nettement plus grossier aussi.
C’est le truc avec toi, cette sorte de retenue dans la production. Une retenue et un sens du détail qu’on retrouve plus dans la techno minimale ou l’electronica que dans la house.
A part Maurizio, la techno minimale ne m’a pas marqué. Ce n’est pas mon style de prédilection. Mais c’est vrai que lui avec sa science de l’espace sonore, sa musique est extraordinaire. Le truc c’est que dans ma musique il y a quand même beaucoup plus de détails, d’incidents, qui éloignent de cet hypnotisme-là. A l’époque de l’enregistrement, j’écoutais énormément de reggae, et de l’ambient.
De l’ambient ? On retrouve un peu les ambiances synthétiques de cette période du début des années 90.
Oui, c’est vrai. Entre les bleeps et les synthétiseurs analogiques, j’ai toujours eu un penchant pour ces sonorités. Et raison de plus ce ne sont pas des sonorités tendance.
Pour parler de sons encore, on a l’impression que chaque instrument est un sample, comme le sax par exemple, alors que le livret indique que ça a été joué.
C’est le secret de fabrication de l’album, si tu veux. J’ai invité des musiciens à jouer mais ils ne se sont pas reconnus à l’écoute des morceaux finis. Je redécoupe les parties, je traite le son, je fais subir aux instruments ce que Herbert fait avec des sons du quotidien. Certains restent identifiables, d’autres sont complètement engloutis dans les machines.
Herbert et toi vous vous échangez sans cesse des remixes. Vous en avez pas marre ?
Ah non, on va continuer longtemps comme ça. C’est une correspondance passionnante, et pour tout dire, une roue de secours fantastique.
Une roue de secours ?
Oui, quand un remixeur jette l’éponge, on sait qu’on peut compter sur l’autre et vice versa. J’ai pas encore vu Herbert refuser un remix, même à faire en une nuit.
Comme lui, tu apportes une attention particulière à intervenir sur la matière sonore. Pourquoi ?
C’est dur à dire parce que je ne suis pas un grand analyste mais je pense que dans le fond, il s’agit de faire durer la musique. Inconsciemment, à force de l’écouter pendant la composition, je rajoute sans cesse des choses, des détails. Toute la difficulté, c’est de charger ta musique sans lui enlever son côté répétitif.
Bien que l’expression soit rattachée à un mauvais souvenir, ta musique est quand même du genre progressive, non ?
Si tu veux, mais je ne m’en vanterais pas.
Peacefrog a une réputation d’anti label, de structure qui ne tient pas à vendre des disques, rassures nous.
Presence a vendu 100 000 exemplaires et je n’ai toujours rien touché de la part de Pagan, le label sur lequel il était sorti. C’est pour ça que je me suis barré. Peacefrog est une petite société, très honnête, et qui, oui, ambitionne d’écouler des quantités de disques sur le marché. Non, le truc bien avec eux, c’est qu’ils veulent d’abord sortir les disques pour la musique. Leur démarche est très honnête, et le deal, c’est du jamais vu, 50/50 sur le résultat. Ils m’ont laissé faire exactement ce que je voulais faire. Leur catalogue est impressionnant, mais leur approche est assez unique, même parmi les labels dits indépendants. Et puis de toute façon, je n’espère pas gagner d’argent avec cet album. Ce sont les remixes, et le dee jaying, qui payent mes factures.
Tu as l’intention de monter un live ?
Comme tout musicien électronique qui se respecte… oui! J’ai pas du tout peur de monter sur scène, ça me tente même pas mal, mais tu connais la chanson, c’est une question de budget. On fera quelques dates sur en Angleterre, la suite, on verra.
Quel est le sens du titre "Be No-One" (être personne) ?
Je crois beaucoup au karma, au fait que si tu fais du mal autour de toi, tu récolteras ce que tu sèmes. Cette chanson n’est pas pessimiste, au contraire. Elle parle d’une mentalité très répandue, même dans la musique, qui vient des Etats Unis. L’american way of live, c’est : tu te dois devenir quelqu’un, la compétition permanente. Jusque dans les loisirs. Ce que je voulais dire aux gens avec "Be No-One", c’est de laisser couler, se tenir à l’écart. Ou mieux encore, fabriquer ses propres critères de valeurs.
Tu as l’air assez critique à l’égard de la société américaine, pourtant tu y passes beaucoup de temps.
Oui, en Californie. Mais c’est surtout pour le beau temps.
Finalement, toi-même, ta musique, vous êtes assez effacés.
Si ma musique me ressemble, c’est déjà une bonne chose.
Gregory Papin
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