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Acteur essentiel de la scène techno depuis le classique « My Definition Of House Music » en 1992, DJ Hell s’est imposé sur le label Disko B, voyant ses galettes tournées sur les platines des plus grands djs (les maxis « Motherfunk » ou « Totmacher »). Fan des années 80, bien avant l’heure du revival actuel, Helmut Geier fonde son label, Internationnal DJ Gigolo, en 1996. Une maison qui ne se soucie pas beaucoup des noms, qui accueille tour à tour inconnus au bataillon (le lillois Terrence Fixmer, les américains Foremost Poets…), stars établies (Jeff Mills, Dave Clarke..) ou underground réputé inaccessible (Dopplereffekt, quand même). Après cinq ans d’existence et 60 artistes dans le monde, Gigolo est désormais sous le feux des projecteurs, et même la hype s’enflamme sur les albums des new-yorkais Fischerspooner ou des français Miss Kittin & The Hacker. Pas aussi élégants que le premier des gigolos avec sa coupe mullet à la Jeremy Scott, mais en bonne voie.
Le premier disque de Gigolo a été réalisé par deux français, DJ Naughty et David Carretta, alors quasiment inconnus en France…
Il n’y a aucune limite musicale sur le label, être connu ou pas n’a jamais été une condition pour figurer sur Gigolo. J’avais vu David jouer live, je pensais qu’il était un musicien de grande classe, et je ne me suis pas trompé.
La seconde sortie a contrasté en accueillant une star : Jeff Mills.
Jeff m’a donné des morceaux house qu’il n’avait jamais sorti, comme un ami, en me disant que je pouvais les utiliser gratuitement si cela pouvait m’aider pour démarrer le label. Et c’est en effet vrai que cela nous a beaucoup aidé. Avoir Jeff Mills sur son label, c’est assez rare, et tout le monde s’est alors mis à parler de Gigolo. Son geste a été celui d’un vrai ami.
Cet aspect humain, amical, est-il important dans Gigolo ?
C’est un des aspects les plus importants, il y a tellement de singes dans la scène électronique qu’on doit se protéger. Si des gens comme Richie Hawtin, Laurent Garnier ou Jeff Mills sont au meilleur niveau, c’est aussi parce qu’ils ont conservé cet aspect humain.
Tu connais personnellement tous les artistes avant de les signer ?
La majorité oui, pour certains, je ne les connais que par téléphone. Par exemple, j’ai appelé Chris Korda à Boston pour lui demander si il était intéressé de faire un disque pour nous, il m’a juste répondu : « j’attendais ce coup de fil depuis cinq ans ».
Tu as aussi réalisé un événement, en signant Dopplereffekt, pourtant très volontairement replié et reclus à Détroit.
Personne ne savait comment parler à ce genre d’artistes de Détroit, très discrets, secrets, qui ne donnent jamais d’interviews. Mais moi, j’ai vu un petit trou dans leur porte et je m’y suis glissé jusqu’à eux « je vous veux, je veux un disque la semaine prochaine » (rires). J’ai réussi à les aborder d’une manière très personnelle, très humaine. J’étais très fier.
Tu parles de Dopplereffekt au pluriel, ils sont plusieurs ?
Peut être. (silence) En vérité, je ne sais pas bien même moi combien ils sont. Je connais juste les gens qui signent leurs contrats et ceux qui viennent jouer en Allemagne. A mon avis, c’est plus un concept derrière lequel différents artistes collaborent. Je sais qu’il n’y a qu’un ou deux membres réguliers, mais je ne dirai pas qui.
Quelles ont été tes premières révolutions musicales ?
Disco à mon adolescence, et très rapidement le punk. J’ai adoré ces genres en même temps, ce qui n’était pas très facile, les punks détestaient le disco…
Ton premier morceau « My definition of house music » (1992, sur le label R&S) a connu un succès important.
Ce morceau est basé sur les violons et le piano d’un morceau de David Byrne et Brian Eno. Je suis désolé mais je les ai samplé, ils sont tout bonnement géniaux et je voulais les mettre dans un environnement de dance, ce qui était à l’époque assez original. Je ne sais pas si il savent que je les ai samplé, mais je dois les en remercier.
Depuis ton album « Munich Machine » sorti en 1998 sur V2, tu n’as plus beaucoup fait de disques.
Ca ne s’est pas bien passé avec V2. Ils ont fait un excellent travail de promotion, mais je suis arrivé à un point où c’était devenu trop. J’étais devenu trop hype. En Allemagne, j’étais dans tous les magazines, on voyait ma tête partout, j’ai eu peur. J’ai préféré me faire plus discret, développer Gigolo. Je pense y être arrivé : nous avons plus de 60 soldats qui se battent pour l’armée Gigolo partout dans le monde chaque week-end. En fait, je n’ai plus le temps de me consacrer à mes propres compositions.
Cela ne te manque pas ?
Beaucoup, je vais y revenir cette année, cela demandera beaucoup de temps parce que je ne veux pas juste me retrouver seul avec mes machines, je veux atteindre un autre nouveau niveau, avec beaucoup de chanteurs, de nouvelles combinaisons, en plus, je sais que beaucoup m’attendent au tournant.
Un des aspects marquants de Gigolo est la tonalité 80’s, maintenant en plein revival.
C’est juste une couleur, une influence indéniable, mais je ne veux pas faire du revival, copier les 80’s ne m’intéresse pas.
Il y a un aspect assez second degré chez les artistes de Gigolo.
Rigolo ou pas, tu ne peux pas tricher avec la musique. Se complaire dans un aspect ironique ne suffit pas, une musique ne peut pas être juste drôle pour être bonne.
Il y a un côté assez ludique tout de même, avec le choix même du mot « Gigolo ».
International DJ Gigolo n’est pas une blague, ce label représente ce que nous sommes : de nouveaux gigolos. Regardes, nous sommes des DJs, nous voyageons sans cesse aux quatre coins de la planète dans des conditions de stars, dans des avions business class, nous logeons dans des hôtels 5 étoiles, et bien sûr, rencontrons beaucoup de filles.
Avion business class et hôtel 5 étoiles : c’est obligatoire ?
Non, mais c’est important d’avoir ce confort quand tu voyages sans cesse depuis des années, que tu joues un soir dans un pays et le lendemain dans un autre. Les conditions de travail doivent être les meilleurs possible, sinon, au fil du temps, cela devient épuisant et ton travail s’en ressent.
Tu avais posé Arnold Schwarzeneger en logo du label, mais tu as récemment du l’enlever.
C’est exact, le boss est en colère tu sais, il ne veut plus me parler. Il n’a pas apprécié que je l’utilise comme logo. Il a demandé que je le retire, ce que j’ai fait, mais il exige beaucoup d’argent pour les profits que j’aurai réalisé en me servant de son nom et de son image. « Tous les sous que tu as fait grâce à moi, je les veux ». Mais je ne peux pas lui donner, si je me retrouve devant les tribunaux, je vais perdre, c’est sûr. Ce que j’ai fait est totalement illégal, je le savais, c’était une grande blague mais je ne pensais pas me retrouver dans une situation aussi sérieuse.
Et pourquoi avoir choisi Arnold Schwarzeneger ?
C’était une idée géniale d’utiliser la pose body building d’Arnold. On l’a hissé en symbole, on a créé une image avec, et je ne pense pas que beaucoup de labels utilisent une personne comme logo. On est des précurseurs. D’un niveau artistique, sa pose est très disco, la définition de ses muscles est parfaite, je n’en connais pas d’autres comme lui. En plus, je le respecte beaucoup en tant qu’acteur, pour Terminator et pour tous les grands films qu’il a fait, mais lui n’apprécie pas. On devait éditer un cd mixé, une sorte de radio show présenté par une personne imitant la voix d’Arnold, puisque dans notre imaginaire il est le boss. C’était assez hilarant, on est allé très loin dans ce cd, trop sûrement, et on ne pourra évidemment pas le sortir.
Et c’est désormais Sid Vicious qui orne le logo de Gigolo.
Je pensai d’abord utiliser David Bowie. On avait préparé le logo mais je suis tombé sur cette photo noir et blanc dans un vieux bouquin de punk de SV en pose body building. C’était incroyable, il avait exactement la même pose qu’Arnold, sauf qu’il n’a aucun muscle et qu’ il a l’air complètement défoncé. Je ne pouvais trouver meilleur image, elle reflète parfaitement l’état actuel du label, on a plus de muscles, on perd de l’argent…
Et tu n’as pas de problème avec les ayants droits de Sid Vicious ?
Je ne sais pas, ils ne sont pas au courant. J’espère qu’on aura pas les mêmes problèmes, je sais que c’est dangereux, mais ça fait partie du jeu.
Damien Almira
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