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On a rejoint Maurice dans l’intimité d’une chambre d’hôtel rue Montmartre et rien ne s’est passé comme prévu. Hors de lui, ce keyboardiste de génie – sa première occupation sur certains disques des Basement Boys – nous accueille au son du laptop dont il ne se sépare jamais. Mais attention, pas d’electronica asexuée ou de tech house aseptisée dans les mini baffles de ce personnage retors. Quand le broken beat se gargarise de jazzeries déjà souvent uniformisées, il préfère prendre les dancefloors de court avec sa mixture de beats tek sensationnels, comme ce fut le cas sur le fragile album de Layvipb, son autre alias dont la suite est prévue dans l’année, ou le petit dernier, « Stress / Why Put Me Through It », sur son propre label Transfusion. On l’avait aussi aperçu aux côtés de Jimi Tenor sur scène avec sa basse de prédilection, ou aux machines derrière la console du sublime « Soul Makeover » de Nicole Willis. Originaire de Baltimore mais vivant à peu près partout (Barcelone, l’Australie), Maurice est à la manière de sa musique cabossée - qui tient envers et contre tout - en perpétuelle surchauffe, sous les yeux de sa petite amie asiatique et les oreilles du magnétophone. On remercie au passage Romain et Etienne de BNO pour le contact.
En écoutant ta musique, qui contient tellement de rebondissements, on a l’impression que t’es d’une nature un peu hyperactive.
Hyperactif ? Mmm… Ca dépend de l’heure. En fait, je travaille ma musique surtout en avion, sur le portable qui est là. C’est le seul moment où je suis bloqué et j’ai rien d’autre à faire que travailler. C’est mon studio si tu veux. Le reste du temps j’ai plein de trucs à faire. Comme mixer au bout du monde.
Une autre impression, c’est que tu serais tombé dans l’électronique par hasard. On se trompe ?
Dans les années 80, j’étais dans le funk. Mais en même temps, j’avais une lubie que mon entourage trouvait bizarre, déplacé : le rock industriel gothique. Je passais de Chaka Khan à Ministry. Je raconte ça parce que finalement, même si le funk 80’s était electro, c’est plus dans le côté indus que je trouvais ce côté ‘twisted’, un peu taré, que j’aime par dessus tout avec l’électronique.
Une observation maintenant, c’est que ta musique est tout sauf carrée.
Oh merci. Tu vois c’est exactement ce que j’essaye de faire, une musique qui tourne et retourne. Circulaire, triangulaire. Mais rien de carré. Jamais (rires).
C’est un truc naturel chez toi ?
Comme tout ce que je fais. Je fume tellement de skunk ça pourrait pas être autrement.
Tu fumes pas dans l’avion ?
Sauf sur les compagnies russes. Non, effectivement, mais j’ai tellement fumé avant de prendre l’avion, qu’une fois dedans, je plane. Franchement.
Tu t’arrêtes de ‘travailler’ tes morceaux à cause de l’atterrissage ?
Non, des fois, je me replonge dedans au voyage retour. Je ne te disais pas ça pour rigoler.
Ladyvipb est l’un des disques les plus profondément sincères à être parus ces derniers temps. Cette histoire d’amour perdu, c’est imaginaire ou non ?
Non, du tout. Je m’inspire des êtres humains. Parfois de gens que je fréquente de près, mais le plus souvent des gens que je vois à New York. C’est une ville immense, et tu as beau voir des millions de visages tous les jours, ce sont rarement les mêmes. Les visages, c’est ce qui m’inspire le plus.
T'es quand même un sentimental.
Mais j'ai pas honte.
Hier (l’itw a lieu après son set parisien au Rex, ndr) tu as passé toutes sortes de choses. Ce que t’aimes écouter sur un dancefloor ?
Je savais que c’était une soirée house, mais un kick toute la nuit, je peux plus. Personnellement je sors pas trop en club, ou alors dans les plus pourris, ceux qui réservent le plus de surprises.
Certains trucs de garage sonnaient incroyablement trash. J’avais jamais entendu rien de tel.
Ah, ça c’était du freestyle. Avant de dire garage, à New York, à la fin des années 80, t’as eu le courant freestyle. Comme du garage mais mal produit, avec des breaks, des voix funk et pas gospel. Ca n’existe plus mais c’est l’une de mes bases musicales.
Et quelle musique tu exècres ?
La country. C’est la musique la plus conne que j’ai jamais entendue. Faudrait que j’en fasse pour l’anéantir.
Tu comptes te produire en live ?
C’est une question d’argent. J’en suis complètement capable.
Ton hobby c’est la basse ou plutôt le dee jaying ?
Mon hobby ce sera toujours le dee jaying. C’est vraiment pas un métier. En plus c’est plus amusant que de t’arracher les doigts sur une basse !
Tout ça pour dire que tu joues pas que des nouveautés. Allez, avoue que t’achètes pas de disques !
Ah, t’as grillé ! C’est vrai. Pourtant on me donne des vinyles superneufs, le genre qu’est pas encore en magasin, mais je préfère mes disques persos. Et puis, je m’achète quand même des cds à écouter dans mon ordinateur portable.
Gregory Papin
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