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Habillée d’une reverb et d’un delay court, la voix d’Ursula Rucker est d’une beauté déconcertante. Elle incite à tendre l'oreille. Poétesse – et pas rappeuse ! – originaire de Philadelphie, cette jeune femme noire parvient à concilier sans heurts refrains soul urbains et discours réfléchis sur son premier album « Supa Sista ». On pense à Saul Williams, son alter ego masculin des spoken words, en moins incantatoire. Rayez Saul Williams, ça n’a même rien à voir. Quand ce dernier puise de plus en plus son énergie dans le rock, elle choisit de se poser sur une musique captivante et on ne peut plus soulful, qui va des accords de claviers pénétrants au seul tapis de percussions. Ce n’est pas du RnB, même si c’est syncopé et chiadé, mais pas du tout aguicheur. De la chanson à texte, dans un murmure. Lors de son passage à Paris, nous avons sollicité une interview. C’est ici.
Parlons d’abord de soul. Les spoken words se posent joliment sur l' electro soul.
Philadelphie est une ville pleine de soul. C’est une vraie ville, où les gens doivent bosser dur, personne ne joue là bas. Là où je veux en venir c’est que c’est pas très glamour, alors on se donne du courage, et c'est lié au fait d'écouter, et de jouer de la soul music. Et ce n'est pas l'instrument mais l'âme qui fait la soul music.
Avec les Soulquarians, la ville est à nouveau associée à l’esprit Philly Soul. Que penses tu de la nu soul ?
J’aime beaucoup la plupart des chanteuses, et des groupes qui gravitent autour des Soulquarians. On traîne dans des barbecues, tout ça.
Comment as tu choisie tes producteurs ?
Ca dépend. Certains m’envoyaient des musiques toute faites, avec d’autres on en discutait avant. Je voulais avoir plusieurs compositeurs, mais une production homogène. Je suis pas mécontente du résultat.
Tu en as refusé ?
Oui, mais je ne dirai pas lesquels.
Dernière chose. Tu leur a donné des instructions ?
Oui, je recherchais des choses précises, mais je ne sais pas fabriquer la musique, ni monter les morceaux. Mais on a pas rencontré beaucoup de problèmes, surtout qu’avec certains comme King Britt on a travaillé ensemble pendant des années.
Finissons en avec la confusion entre rap et spoken words, d’accord ?
Rapidement, on raconte pas autant de conneries que la majorité des MCs. La quasi totalité du rap n’est pas à prendre pour de la poésie. Depuis les racines du rap, les Last Poets ou Gil Scott Heron qui parlaient sur des percussions, des breakbeats, c’est connecté, mais la musique des mots et les mots employés font la différence. On a pas les mêmes combats. Ceci dit, il existe de très bons rappeurs.
Le ton de l’album est parfois très moralisateur, plus que sur tes travaux précédents.
Pour terminer la comparaison avec le rap, parce que là c’est un bon exemple, l’écriture n’est pas la même. Je ne tiens pas à exprimer les mêmes choses. Si tu veux je suis moralisatrice, mais en aucun cas puritaine.
Par exemple, par rapport à la technologie. Tu as l’air globalement contre ?
Non, pas du tout. Je suis contre l’usage que la plupart des gens en font, la course à l’équipement ultra perfectionné, tous les gadgets électroniques, ça me rend nerveuse. La technologie entrave vraiment à la communication. Je suis pour que les gens se parlent, en tête à tête, comme là, tout de suite. Et puis c’est autant d’argent qui partent dans les caisses des multinationales. Les gens n’en verront pas la couleur. Le bug de l’an 2000 aussi, ça m’a complètement ahurie. Qu’on arrive à faire croire aux gens que la Terre allait s’arrêter à cause de trois pannes informatiques, j’en reviens toujours pas.
D’où t’es venu ce goût pour la poésie ?
A l’école, j’étais très studieuse, surtout pour les cours d’anglais. J’adorais lire, écrire. Je l’ai toujours fait. Ca m’a apporté une certaine rigueur, dont j’ai eu beaucoup besoin là où je vivais.
On va croire que ton disque est austère, alors que c’est tout le contraire.
Je l’espère.
Une question importante : penses tu que le seul timbre de ta voix puisse transmettre les émotions de ton disque ? Comment lever la barrière de la langue ?
Il m’arrive d’écouter des musiques étrangères, justement pour ça. Tu as beaucoup de choses dans la voix, le rythme, la sonorité. Et puis on devrait mettre sur internet des traductions très bientôt.
Tu travailles ta voix au quotidien ?
Par périodes. Je suis bien obligée, avant chaque performance.
Comment te produis tu sur scène ?
Avec un percussionniste et un guitariste, qui rejouent certaines parties des morceaux. On ne coûte pas trop cher comme budget ! Parfois un bassiste, comme à Montreux.
Gregory Papin
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