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 DJ Grégory
 
"Le truc, c'est qu'on est pas nombreux à avoir intégralement digéré cette culture en France, y en a pas cinq."
   

Son parcours l'a d'abord amené derrière les platines de quasiment tous les clubs parisiens dignes de ce nom, puis il est devenu un faiseur de tubes estampillés French Touch (le fameux "Sunshine People" ou le Phantom), et aujourd'hui c'est un Gregory plus mûr qui prétend avoir autre chose à offrir. L'expérience n'a pas rongé sa passion débordante pour la house, qu'il s'acharne à réinventer sans la dénaturer. Ses deux derniers maxis ("Underwater" de Point G sur Basic ou le Headore sur Versatile) témoignent de ce jeu d'équilibriste qu'il nous explique avec son franc parler.
 
D'abord joues-tu des disques en fonction de leur provenance ?
Non. Je joue les disques que j'aime. Ca peut venir d'Allemagne, de Suisse ou des Etats Unis. Maintenant comme tout le monde j'ai des goûts particuliers, un background, dans le sens où je sais ce que j'aime mais ça peut venir de n'importe où.

Tu as pourtant la réputation d'être plutôt dans le son house new yorkais.
Ouais, il y a toujours ce coté tiroir. je serais tenté de dire oui parce que justement le son new yorkais, c'est de la deep techno, des classiques disco, de la house, des voix, du reggae, de tout. Il n'y a que là bas que tu vois ça, en tout cas certainement pas à Paris. Par exemple un truc qui m'a choqué, c'est le "Beau Mot Plage" d'Isolée. Ils le jouaient il y a un an et demi à Body & Soul à New York, quand c'est sorti. Et c'est un tube en ce moment à Paris.

Tu veux dire, c'est le coté défrichage, la liberté de jouer ce que tu as envie ?
Oui, ils ont une manière d'aborder le truc depuis le début. Quand tu vois comment à Detroit ils ont été influencés par les Kraftwerk, les Moroder, comment ils étaient fascinés par ce qui venait d'Europe et comment ils ont réussi à y trouver leur compte. Et tu retrouves ça à New York, des disques européens qui ont un écho là bas. En plus il y a le sound system qui met les basses et les aigus en avant, les gens groovent vraiment, sans a priori sur telle ou telle musique. Enfin, l'histoire on la connaît par cœur.

Et toi tu ne revendiques pas un son particulier ?
Bon, c'est sur qu'il y a des mecs dont je suis fan, que j'admire pour des raisons personnelles, parce que je les suis depusi des années et que ce sont un peu des guides. Faut pas se voiler la face : des mecs originaux et créatifs aujourd'hui, il y en a presque plus ! On a déjà tellement fait le tour de la question. Ensuite il y a le fait que tout le monde veut décrocher son deal avec une major, que les gens voient qu'ils peuvent faire des sous. Ca se passe surtout comme ça en Europe, mais bon. Ce qu'il y avait de bien avant, c'est que les mecs n'avaient pas cette idée en tête : ils faisaient de la musique et puis voilà. Maintenant les gens cherchent moins pour être profilé par rapport à ce qui se passe. Ceux qui avaient du fond et du coffre, ils sont toujours là, et avec cette espèce de coup de balai qu'il y a eu il y a deux ans, tu les vois bien. Tu peux les compter sur tes doigts, il y en a même pas dix.

Pour parler de tes productions, on a l'impression que tu cherches ton empreinte ?
La dernière année et demi que j'ai passé à New york, ça a été un apprentissage de fond des machines et de la production en général. Je kiffe autant un mec qui fait ses trucs avec quatre bouts de ficelle dans sa chambre, ça va de Julien Jabre, "Délivrance", à Kenny Dixon, parce que même si ça sonne pas tu sens qu'il a le truc dans le bide, que les Masters At Work quand ils font une prod de Kenlou dans un grand studio, en gardant ce coté ruff hip hop. Je me suis cherché, ça a donné les Phantom, "Sunshine People", des trucs comme ça j'en ai encore plein dans des boites chez moi. J'étais jeune, je comprenais rien à rien, j'ai acheté des machines comme n'importe qui le fait aujourd'hui. Et ce qui est amusant, c'est que ce sont mes erreurs qui ont donné un impact à mes productions. Un producteur normal ne ferait jamais "Sunshine People", d'un point de vue technique.

Il semblerait que tu essayes de donner une identité propre à chacun de tes deux projets, Point G sur Basic et Headcore sur Versatile.
J'ai fait qu'un maxi d'Headcore, mais c'est vrai. Pour moi, il y a deux optiques : celui qui réfléchit avant de se lancer, et puis Headcore et Point G qui sont des exutoires, des ébauches. Pour prendre du plaisir en faisant un truc authentique, c'est tout. Headcore était un essai, presque comme une thérapie. Les morceaux correspondent à une époque de ma vie, et tu peux sentir en les écoutant que j'étais vraiment pas bien.

Ce coté obscur est un peu un contre-pied à ton image de DJ, plutôt orienté party music quand même.
Grave. Il a d'ailleurs pas eu beaucoup d'écho. "Underwater", ce sont les DJs techno qui le jouaient. Pour moi, c'était le morceau de cinq heures du matin.

Il y a aussi un coté suggestif dans tes productions, l'idée de laisser de l'espace pour rentrer un autre disque ou de combler ce qui a l'air de manquer avec ton imagination.
Ca, c'est arriver à faire des choses simples et efficaces. J'y suis pas encore : Mood II Swing, Kenlou ou Maurizio ont ça en commun, ils gèrent admirablement le vide.

Quels sont tes projets en cours ?
Il va se passer des choses, mais ça va prendre un peu de temps. Je suis en train de monter un studio. J'ai commencé un projet avec Julien Jabre, un truc plus abouti, plus ambitieux. On a quelques morceaux presque finis, dans une veine plus riche, plus musicale. Sans tomber dans les solos au kilomètre, l'opportunité d'enregistrer des musiciens t'ouvre d'autres champs. Ca sortira quand on aura quelque chose qui a vraiment de la gueule. L'envie de faire d'autres choses me vient peut être du fait de vieillir. Mais ce sera house.

Tu jouais beaucoup plus il y a quelques années. Tu ne cours pas le cachet ?
Avant de partir à New York, je mixais beaucoup et partout. Il a fallu que je prenne de l'air. Je garde la résidence aux soirées TGV, où je me sens bien, et puis je fais quelques soirées au coup par coup. Le truc, c'est qu'on est pas nombreux à avoir intégralement digéré cette culture en France, y en a pas cinq. Je peux pas me mettre à la place d'un mec qui achète des disques depuis six mois !

Gregory Papin


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