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On vit dans un monde machiavélique, et la techno n’y échappe pas. D’un côté, la techno pop, qui ne retient que Kraftwerk et pas Funkadelic chez Derrick May. De l’autre, une techno soul, en général plus chiadée et moins vendeuse. Au milieu, la techno qui se durcit tellement qu’on ne discerne plus ses racines. Bref, John Thomas, on le voyait pas comme ça. A sampler des notes de basses et de claviers, avec son comparse Cabanne de Telegraph, pour fabriquer des séquences de funk numérique. On le croyait obnubilé par la seule efficacité de ses beats, « Blackstage » (Logistic records) ne tape presque pas. Il appuie certes. Juste comme il faut. La bulle d’air tech funk escomptée sous le bras, on est allé à la rencontre de ces deux prodiges, modestes en plus, de la basse-pulsation.
Cet album bifurque un peu du travail accompli sur les maxis. Pourquoi ?
John – C’est une explication qu’on entend souvent, la musique pour le marché du maxi, c’est de la musique pour dj, pour le dancefloor, en général jetable. Je le sais bien puisque j’en ai fait pas mal, et je pense être arrivé à maturité dans ce domaine là. Mais là pour l’album, avec Jean Guy (alias Cabanne), on voulait pas d’un truc dansant. On a utilisé le même matériel mais avec un autre état d’esprit. Faire de la musique avec de la musique de boite.
Vous faites beaucoup de micro samples sur cet album, des séquences très courtes. En quoi ça consiste ?
John – L’idée c’est d’arriver à utiliser le sample comme une boite à rythme.
Cabanne – John avait plus l’habitude d’utiliser des synthés.
John – Mais là je voulais sortir des nappes UR. Changer.
La tek actuelle semble pas trop tournée vers le funk. Vous en pensez quoi ?
John – C’est évident qu’en ce moment la plupart des gens pensent techno new wave. T’as toujours eu deux écoles : Derrick May, Carl Craig, Robert Hood, dont le frère est un vrai jazzman. La techno pop, ça nous parle pas du tout.
Cabanne – Moi encore moins.
Vous avez quoi comme bases en musique ?
Cabanne – Moi je suis guitariste depuis plus de dix ans. Je joue surtout funk. Et John a appris d’un instrument. On a fait les cheminements inverses.
Au moins John t’as du jouer direct dans le tempo ?
John – Ouais. C’est un vrai kif de jouer d’un instrument. Un tout autre plaisir que le dee jaying, plus tactile. Ca me passionne. Je bosse une heure par jour, ça demande un peu plus de ténacité que les machines pour se perfectionner, mais bon.
Le funk retranscrit dans l’électronique, en règle générale, vous en pensez quoi ?
Cabanne – En ce qui me concerne, tous les trucs qui tendent à vulgariser un style de musique pour le grand public, ça me désole plutôt. La prod ruine les instruments et l’inverse. Ca ressemble plus à rien après. Saus sur le Shalark, ça ça m’a retourné.
John – Notre grosse claque, ça a été Flanger. Eux vont très très loin.
En terme de son, pourtant, vous avez un côté assez allemand, non ?
Cabanne – Telegraph a encore plus ce son minimal techno. C’est une question de traitement de son. Mais la prod à l’anglaise, super propre, ça nous branche pas.
John – On cherchait des sons plus ronds. Les sons que tu trouves avec la bidouille.
Conclusion : comblé ?
John – Oui. C’est vraiment le disque que je voulais sortir. Ca représente un bon éventail de tout ce que j’aime. C’était nettement moins prise de tête que mon autre projet Static Drum. J’ai pris le temps, cet hiver ; j’ai levé le pied un peu sur les dates, histoire de bloquer dessus. Mais d’un autre côté j’ai déjà de nouvelles idées pour le prochain.
Gregory Papin
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