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Après avoir endossé tour à tour les habits du tripoteur Mo Wax et de la caution home studio très prisée (U2 ou plus près de nous les Négresses Vertes), le boss du label Pussyfoot a trouvé un nouveau terrain où exercer sa curiosité, un champ fertile, où luit une herbe printanière, comme celui qu’on voit sur la pochette de « Folk », son dernier album un peu alambiqué, où il donne aussi pour la première fois de la voix. La rase campagne. Loin d’être morose, cette verdure photographiée par Howie B nous ramène inlassablement à la folk music, celle de Joni Mitchell, passée de mode depuis 77, l’expérience de la soul et des Baléares en sus. Six ans après le bucolique « Music For Babies », un disque d’une rare longévité, Bernstein divise. Comment un pro du conditionnement retourne-t-il à la musique terre à terre ? On en était là quand on est parti pour le Terrasse Hotel…
Ah, Howie, le folk.
Ouais. J’adore raconter des histoires. Avant, j’avais du mal moi même à voir où je voulais en venir. Une chanson arrive à le faire en trois minutes. Je me suis dit : pourquoi pas moi ?
Pourquoi pas oui ?
Je voulais remettre les histoires au centre de ma musique. Elles ont toujours été présentes, mais là on ne peut pas les rater.
Tu gardes une approche sound design de la folk non ?
Jouer avec les sons c’est mon métier depuis toujours. Ma façon d’intervenir sur la musique. Là ce jeu se devait d’être en accord avec les mots. L’un des nombreux trucs que je n’avais pas encore fait jusque là avec ma musique. Pour les autres, oui, mais pas pour moi.
Pour un album solo, de ta part, t’as pas joué trop perso.
Oui, t’as vu. D’habitude ce sont les gens qui m’invitent, là c’est moi qui reçoit.
Parlons peu, parlons bien. Ce fantasme autour de la campagne, c’est quoi ?
J’habite dans la ville, j’adore la campagne, c’est dépaysant. Quoi de plus normal ? Ca s’explique comme ça. En ce moment, mon fantasme c’est de dormir. En fait, tu fantasmes sur ce qui te manque.
Le folk est-il l’avenir du funk ?
Je ne me suis pas posé la question comme ça. Je suis allé là où on ne m’attendait pas, mais pas pour me faire remarquer. Pour l’amour de la musique, et puis l’éclate. Je me suis bien marré en triturant les sons de ce genre de chansons, dénuées d’effets d’ordinaire. Je suis très fier de cet album traditionnel et tordu.
The next big thing, j’ai l’impression que tu t’en contrefous.
Tu sais, j’aime l’idée dans ce disque qu’il puisse plaire à n’importe qui. Pas aux mecs qui mettent des baggys et écoutent de la techno, du hip hop, ça, comme tu dis, je m’en tape un peu. Disons que j’y pense pas, j’y pense plus. Je suis ouvert.
« Folk » est-il un concept album, à l’instar du précédent, « Music For Babies » ?
Oui, en moins contraignant. Bizarrement, le fait que ce ne soit pas instrumental m’a délesté d’un poids. Arriver à chanter est un truc qui m’a transformé. Je n’avais jamais chanté. Je passe ma vie dans les studios et je n’avais jamais tenu le microphone. La joie de vivre aidant, je m’y suis mis, en m’obligeant de penser que j’étais sous la douche.
Mais concrètement, parce qu’on veut savoir, tu t’es roulé dans les herbages à la recherche de l’inspiration ou quoi ?
De temps à autre je m’octroie de jolies balades à l’orée de la civilisation. Les gens vont jamais croire que je fais ça.
Le seul hic, il y a toujours un hic, c’est que « Folk » ne parle pas politique. Et la vache folle dans tout ça ?
Je vois où tu veux en venir. C’est un raccourci, même si c’est en partie vrai. C’est un cliché de le répéter mais la folk music c’est l’une des musiques les plus militantes. Enfin, à mes yeux, la folk, c’est toute la musique folklorique. Alors elle parle de tout, vraiment. J’apprécie cet aspect social, Lyndon Johnson et ce genre de mecs. Mais je pense profondément qu’aller danser en discothèque est aussi un acte politique.
Toi, ce serait le plus la guitare sèche sur la plage, à alpaguer les filles ?
J’aime me sentir bien avec les gens. J’aime bien draguer des groupes de filles aussi.
Sinon, le label, ça va ?
Parfois c’est assez galère. Bon on vient de sortir un maxi de Spacer, « Full Beam » (qui sauve l’album, ndr), après y a l’album de Sie, et on vient de signer une nouvelle formation, Honolulu, leur musique est extraordinaire. Une musique unique, comme un cerf volant. Et puis aussi Nexus.
Vous êtes uni comme une famille. T’es pas trop un lâcheur en fait ?
Oui, on fait ce qu’on peut. C’est très très dur les indépendants, la gestion, tout ça. Nous, depuis le départ, on veut aller à notre rythme, ne pas laisser la machine s’emballer. J’ai vu trop de labels comme Mo Wax qui se sont fait rattraper par leur ambition. Je veux surtout pas que ça nous arrive, perdre la moitié du catalogue, ne plus pouvoir tenir aucune promesse. Vaut mieux en faire moins.
C’est comme tes albums solo, tu prends ton temps.
Ben oui. Je laisse couler.
Gregory Papin
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