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Il est venu à la house comme si c’était un point de ralliement. Pourtant, il ne possède pas les traits de caractère moyens des sonorisateurs de club fréquentables. Il n’a pas la gueule de l’emploi non plus. Combattant de la soul évadé d’une autre époque (évidemment celle des blacks panthers), Osunlade a trouvé refuge chez les épicuriens de Soul Jazz records, dont c’est la première signature contemporaine. Les maxis deep house singuliers de son label Yoruba cartonnent depuis début 99. L’album nu soul de Musiq Soulchild auquel il a participé dépasse les deux millions de ventes, mais il en faudrait plus pour le rassasier. La preuve par son premier album, « Paradigm », un disque de house pas très roots comme on avait pu le concevoir. Osunlade soulève déjà un enthousiasme flagrant dans plusieurs milieux. Nous sommes allé le sonder et l’avons trouvé pareil à lui même, la tête froide, le sang chaud.
Ton premier album va sortir. Comment tu te sens ?
C’est le premier. Je me sens bien ! C’est le bon timing car les gens sont maintenant familiers de mon label Yoruba. Je vends 10000 copies à chaque fois, je pense que c’est un bon chiffre.
Est ce que c’est troublant de sortir ton premier LP sur Soul Jazz ? C’est tout un symbole, non ?
Oui parce qu’ils ne sortaient que des rééditions. Ca s’est passé dans leur magasin de disques, Sound of the Universe. Ils y vendent surtout de la musique actuelle en fait, de l’électronique. Je leur amenai des disques, et ils ont tout de suite accroché dessus. On les avait mis sur la platine et le boss Stuart, qui ne sort jamais de l’entresol, est venu voir ce qui se passait. On a commencé à en parler.
Ce disque semblait téléphoné, dans le sens où ta musique est proche de ses racines, et qu’eux puisent là dedans. Mais ce n’est pas du tout ça à l’arrivée. Comment cela se fait-il ?
Justement. J’avais commencé à travailler des morceaux progressifs, et quand j’ai signé pour l’album, je me suis engagé encore plus sur cette voie. Il fallait que ce disque soit différent pour moi, et différent pour Soul Jazz. Tout le monde pensait que ce serait encore plus proche des origines de la soul, mais je ne voyais pas ça comme ça.
Pourquoi le sortir sur un autre label que le tien ?
Je vais te dire, même si c’est un secret : mon distributeur n’était pas à la hauteur. Je viens d’ailleurs de signer un nouveau deal en Angleterre, donc les disques partiront d’ici. Précise le bien parce que du coup ils seront moins chers en Europe !
Tu penses comme ça ?
Ma musique a plus de retentissement ici. Le marché est plus grand, il y a plus d’opportunités. Et la mentalité est différente des Etats Unis.
Tu as d’ailleurs passé du temps ici pour travailler non ?
Si. Je connais Deep, Grégory, Gilb R depuis un certain temps, et on avait beau parler de faire quelquechose ensemble, on avait jamais le temps. On est tous tellement occupés. Alors je suis resté quinze jours à Paris et on a fait des putains de tracks ! Ce sont comme des frères pour moi, on a une bonne vibe.
Et c’est électro ou organique ?
C’est une question de pourcentages, ça. C’est plus live que l’album. « Paradigm » ne représente en aucun cas une porte de sortie. J’adore tellement les basses, guitares, pianos, batteries. Je peux pas tourner le dos aux instruments.
Je pensais que c’était ton album ‘européen’.
Oui, c’était mon plan.
Le fait d’être un instrumentiste confirmé toi même t’aide-t-il à diriger les musiciens qui viennent faire des sessions ?
Je pense qu’on peut dire ça. Je suis assez directif parce que j’écris la musique avant de demander à quelqu’un de la jouer. Et je ne demande que lorsque je ne sais pas faire, parce que je ne peux produire l’articulation nécessaire à ce que je veux jouer. Ca prend moins de temps que les gens qui plantent un micro et attendent d’entendre un sample potentiel.
Penses-tu que la scène house new yorkaise pourrait se réinventer un peu plus ?
D’expérience, je crois que les gens qui sont dans la dance music à New York veulent peut être trop se protéger. Ils s’en tiennent strictement à ce qui a déjà été fait.
Je te demande ça parce que tu es produis des groupes de nu soul, comme Musiq Soulchild.
Le r n b c’est ce avec quoi j’ai commencé. Je ne pige pas trop l’expression nu soul parce qu’à mes yeux c’est plus du r n b que la soupe new jack swing qu’on appelle comme ça. Je fais aussi des interventions auprès de formations jazz. De la prod, quoi.
N’as tu pas le sentiment que l’engouement pour la house latine et africaine n’est pas souvent de l’ordre de l’exercice de style ?
Certainement, mais pas pour moi. D’abord parce que j’ai du sang latin, donc c’est un vrai truc culturel. Toute mode a ses abus, mais ça s’inscrit dans un mouvement d’ensemble, l’influence des racines qui remontent.
Tu disais que tu écris ta musique, tu écris les chansons avec les paroles et la partition ?
Oui, j’écris la chanson, la structure d’abord. Ensuite ma démarche consiste à la produire comme s’il s’agissait d’un remix house. Les chansons manquent vraiment à la dance music d’aujourd’hui. D’un point de vue musical, c’est juste des boucles de sample et un peu d’équalisation. J’ai l’impression que la technologie a rendu les musiciens fainéants. On doit pouvoir faire mieux.
Tu t’y emploies. Tu n’es pas très loin de l’activisme politique par moments d’ailleurs.
Si j’ai des choses à dire, je ne vais pas me gêner. La musique est une courroie de transmission exceptionnelle, et la dance music encore plus : toucher les gens quand ils sont vraiment ouverts…
Tu parles de discrimination raciale par exemple sur « Black Man ». A écouter de la house tout le temps, on finit par ne plus croire que ça existe !
J’espère que non. En Amérique, tout est séparé. La ségrégation change de visage, mais on opprime encore les minorités, comme le montrent les statistiques officielles. Le pire c’est que là bas les gens n’ont pas conscience de ce qui peut se passer ailleurs sur la planète, de la façon dont les choses peuvent changer.
Vois tu l’amorce d’un changement ?
Je crois qu’il y a des gens qui poussent, n’est ce pas. Mais ce sera très lent à venir. Pour tout dire, quand j’y pense sérieusement, ça me rend incroyablement triste. L’oppression se fait aujourd’hui de manière très bizarre : on a le droit de dire mais pas celui d’être entendu. Le fait de donner aux citoyens le droit de dire ce qui ne va pas, de manifester, et de retirer à ce discours, de manière très pernicieuse, toute crédibilité, est un mécanisme ahurissant. C’est un système de contrôle presque invisible, et qui apporte une caution démocratique. Par exemple, pour la musique, il y en a de la très bonne mais personne ne l’entend parce qu’elle ne passe pas sur MTV. Quand tu n’as écouté que MTV dans ta vie, ça prend beaucoup de temps d’aller chercher ailleurs une alternative, surtout que tu as un MTV alternatif. Quand t’as dépassé ce stade déjà limite pour tes parents, il reste encore du chemin avant de comprendre qu’il existe autre chose que de la musique jetable. Peu de personnes ont cette révélation.
T’as un truc contre MTV ?
C’est toujours inquiétant de voir que ce qui se passe dans l’art est à l’image de la société.
Gregory Papin
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