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Recouvert ou non de son pseudonyme Wagon Christ, Luke Vibert conduit une musique séduisante d'ambiguîtés. Une musique riche, faux-minimalisme où fourmillent quantités d'évènements. Une musique de contrastes, entre rythmes break beat et ambient, chaleureuse mais pas évidente d'accès, emplie de funk et pourtant si éloignée de la danse... Jeté par Virgin après un album, Luke a récidivé avec le pince sans rire "Musipal", sur Ninja Tune. Mais la grande particularité de Luke Vibert, c'est son lieu de composition :
C'est mon lit. Je compose la musique dans mon lit. Je crois que ça se sent, elle ne sonne pas comme une musique passée par les mains d'ingénieurs d'un grand studio où tu te rends à 9 heures du matin jusqu'à 9 heures du soir. Et ça tombe bien parce que je mets au travail à n'importe quelle heure, du moment que je le sens, c'est à dire vers trois heures du matin. C'est une musique très personnelle, elle n'est ni destinée aux clubs, à une activité spécifique en fait. C'est difficile de la décrire, elle présente juste ce que j'aime : une combinaison de rythmes et de mélodies, peu importe le tempo.
Tu composes dans ton lit, as-tu besoin de facteurs supplémentaires pour te sentir à l'aise dans la composition...
L'alcool. La drogue aussi. Ca m'aide, ce n'est pas essentiel mais j'aime bien. Je ne pense pas que j'aurai pu faire cette musique sans fumer autant d'herbe. A présent, ce n'est plus si important, il y a dix ans ça l'était, ça m'a permis de voir, de concevoir ma musique sous des angles très différents, que je n'aurai jamais aperçu en étant sobre.
Et tu n'as jamais eu de mauvaises surprises, en écoutant au réveil des morceaux composés sous drogues ?
Parfois si, c'était horrible! C'est la surprise du réveil : mes compositions nocturnes peuvent se révéler géniales comme catastrophiques!
Est-ce que tu t'imposes des règles strictes de composition, comme le rejet de rythmiques déjà trop communes ?
Souvent, le problème est qu'une nouvelle composition me rappelle ce que j'ai déjà fait. Comme je ne veux absolument pas me répéter, j'essaie de changer. Mais la plupart du temps, honnêtement je ne pense pas à ça, je prends juste du bon temps en composant, sans réfléchir à ce que je suis en train de faire.
D'où vient le nom Wagon Christ ?
Je voulais un nom de groupe de rock, genre Dinausor Jr ou Pixies, un nom qui ne sonne pas techno. Les artistes électroniques que j'écoutais avaient tous des noms bien trop techno, genre Aphex Twin, je voulais changer... Un jour, dans une BD, il y avait un gars qui ressemblait à Jésus et qui conduisait une voiture sur Sunset Boulvard. Son nom était "Sunset Boulvard Wagon Christ" ! Pas de doutes, c'était le nom qu'il me fallait !
Et quelles différences entre Wagon Christ et tes autres projets Luke Vibert et Plug ?
Plug (sur le label Blue Planet, ndr) est un projet plus drum n'bass. Sinon, il n'y a aucune différence entre Luke Vibert et Wagon Christ. Les albums parus sous ces noms compilent juste mes morceaux préférés du moment. Cette différence de pseudos, c'est une histoire de label. A l'origine, Wagon Christ a été signé sur le label allemand Rising High, puis sur Ninja Tune. Or Ninja Tune a passé un contrat avec Virgin, et Virgin refuse que j'utilise le nom Wagon Christ ailleurs, donc j'ai pris Luke Vibert pour mon album sur Mo'Wax.
C'est toi qui a quitté Mo'Wax?
Oui, le contrat ne spécifiait qu'un album.
Beaucoup d'artistes quittent Mo'Wax pour rejoindre Ninja Tune.
Je sais. Il se passe des trucs vraiment bizarres depuis que James Lavelle, le patron de Mo'Wax, a vendu la moitié des parts du label à une autre maison de disques, or cette maison de disque a été racheté par Universal, et Universal n'en a rien à foutre de Mo'Wax ! Cette affaire fait beaucoup de mal à Mo'Wax. C'est redevenu un tout petit label, plus petit même que quand j'étais dessus. Ils doivent repartir à zéro, avec de tous petits artistes.
Beaucoup d'évènements interviennent dans ta musique, tu ne laisses jamais un morceau en paix.
Je ne peux pas faire un truc minimaliste, j'aime en écouter, mais je ne peux pas en composer. Je dois toujours rajouter plein de trucs pour conserver ma propre excitation face au morceau. Je veux pouvoir l'écouter encore et encore, pendant des années, sans jamais m'en lasser. Et si c'est pareil pour
l'auditeur, c'est cool.
Ton dernier album ("Musipal", sur Ninja Tune) est assez joyeux, c'est un sentiment que tu tiens à apporter?
Pas spécialement. Parfois, je fais des morceaux plus tristes, il s'agit souvent de remixes, parce qu'alors je me sens obliger de composer, je veux dire, on me fixe une deadline, et du coup je compose parfois à un moment que je ne sens pas, je me force et je ne suis pas heureux, et ma musique s'en ressent.
Tu n'as pas envie d'amener des morceaux plus sombres quand tu es triste ?
(hésitation) C'est difficile. Généralement, quand je suis triste, je fais des morceaux encore plus joyeux, pour me conduire moi même dans cet état. Et c'est quand je suis très joyeux que je fais mes morceaux les plus sombres, enfin, ils ne sont jamais vraiment sombres de toute façon.
"Musipal" sonne très Ninja Tune.
Je ne savais pas, quand j'ai composé ses morceaux, qu'ils allaient être sur Ninja Tune. Certains sont très vieux, datent de 1995... Je pensais certainement plus à James Lavelle en faisant ces morceaux, c'était une période où on se voyait beaucoup...
Comment es-tu arrivé à la musique électronique ?
(il siffle) Ouha! J'ai joué dans plein de groupes comme batteur, des trucs plutôt funky. Mais un jour, avec un ami à moi, Simmonds, on s'est aperçu qu'on pouvait faire des disques juste avec un 4 pistes, un vieux synthé, une boite à rythme et une guitare, et surtout, depuis notre chambre, sans aller en studio... On a commencé à se poser des questions. Et quand Aphex Twin a sorti son premier disque composé dans sa chambre, ça nous a définitivement décidé ! D'ailleurs, notre premier disque, "Vibert-Simmonds", est sorti sur son label Rephlex.
Tu joues en live ?
Non, en DJ. Les seuls lives que j'ai fait, c'était avec BJ Cole, un guitariste, mais je ne pourrai jamais vraiment jouer mes albums en live. Comme DJ, c'est difficile. Déjà, je ne me considère pas comme un DJ, je n'aime pas spécialement ça, mais comme il y a toujours des gens pour me faire jouer, une fois de temps ça peut le faire... Quand je mixe, je suis incapable de rester dans un même style plus de vingt minutes, je passe de l'électro, du hip hop, du break beat, du Aphex Twin, plein de trucs différents... Cet éclectisme m'a joué des tours. En 1996, j'étais résident dans un club anglais, et les gens n'arrêtaient pas de venir se plaindre: "C'est quand le hip hop ?" pendant que je jouais électro, "C'est quand la techno?" pendant que je jouais hip hop. Wahou, j'ai même pas tenu quatre mois. L'horreur ...(rires)
Tu as un projet d'album avec un rappeur américain.
Avec un rappeur qui a fait des trucs sur Ninja Tune avec DJ Vadim et Marc B. On travaille ensemble depuis deux ans, ça va très lentement, parce qu'il habite au Canada. Je lui envoie les instrumentaux, il me les renvoie avec les voix, puis j'effectue les arrangements et je lui renvoie... On a fini que 5 morceaux, on tient à en faire une vingtaine, puis vendre ça à un label, et aller en studio réenregistrer tout ça... Si on a de la chance, ça sortira l'année prochaine, sinon, ça sera pour 2003.
D'autres projets ?
Mon projet principal, en ce moment, c'est ma fille, un tout petit bébé de 6 mois. Et puis on vient de déménager, donc je dois tout réinstaller. Et désormais, mon studio n'est plus dans la chambre, il est dans la pièce à côté. C'est la fin d'une époque ! (rires)
Damien Almira
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