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Quoi de neuf sous les cieux junglists ? Définitivement débarrassée de toute prétention branchouille, la drum & bass sort peu à peu de la sclérose rythmique de l’ère glaciaire (ou drame and bass pour plagier Wizman). Et ça grâce à des gens comme London Elektricity, formation bicéphale nourrie à la fusion tous azymuth tel qu’on a pu le constater sur leur excellente compil « Out Patients », parue l’année dernière. Très porté sur le jazz funk depuis sa participation à Izit à l’apogée de l’acid jazz, son membre fondateur (avec Chris Goss) Tony Colman nous a reçu dernièrement dans ses locaux londoniens. Le temps d’évoquer les plans de London Elektricity bien sur, mais aussi ceux tout aussi enthousiasmants de ses protégés, les jeunots Danny Byrd (qui ose la fusion r + b jungle) et High Contrast (qui essaye la disco jungle). Ca rue de nouveau dans les brancards. Petite hagiographie.
Quelles furent tes premières expériences musicales ?
J’ai commencé tout gosse dans les années 60 à Surey en jouant avec l’enregistreur à cassette de ma mère. Je me le suis approprié en faisant pleins de collages, une sorte de musique concrète à la Schoenberg. Puis, grâce à ma grande sœur j’ai vite trippé sur Led Zeppelin et tous ses disques de rock progressif. A l’âge de quinze ans j’ai fait l’acquisition d’un enregistreur à cassette plus conséquent de marque Akai . Tout en jouant de la guitare classique, j’écrivais et je produisais moi-même mes chansons dans un délire entre Stevie Wonder et des groupes comme XTC, Television. Puis, un jour de 1976, j’ai vu un documentaire sur Steve Reich (pionnier de la musique sérielle ndr) qui m’a époustouflé. Dans la même semaine j’ai entendu le « Freak » de Chic. Ces deux éléments a priori disparates m’ont définitivement ouvert les yeux sur l’impact de la musique répétitive. En 1980 j’ai intégré à la fac un cours d’arts et performances géré par des hippies qui encourageaient l’expressivité la plus totale. J’ai fais en sorte de dupliquer la clef de leur incroyable studio plein de très vieux synthés analogiques et j’y passais toutes mes nuits. Là je suis devenu ingénieur du son tout en m’intéressant à fond à de nombreux compositeurs expérimentaux comme Stockhausen. Afin d’obtenir mon diplôme, j’ai du produire six titres…Je l’ai obtenu haut la main.
Ta voie était déjà toute tracée…
Oui, j’ai toujours su que je voulais créer ma musique. Mais ce n’est qu’au milieu des 80’s que j’ai monté sérieusement mon premier groupe sérieux nommé Izit, dans une vibe street soul / acid jazz. Nous avons fait trois albums sur notre ancien label Tongue & Groove en rencontrant un succès énorme. Par la suite les choses ont un peu périclité jusqu’à ma rencontre avec Chris Goss en 1993, mon futur partenaire au sein de London Elektricity. Au début il gérait l’artwork ainsi que le management de Tongue & Groove et la division house Galaktic Disco. Mais vers 1995 je me suis rendu compte que, d’un point de vue personnel, les affaires prenaient le pas sur la création. Nous avons donc décidé de quitter Tongue &Groove pour créer un nouveau label moins corporate, plus pleinement consacré aux musiques nouvelles. Hospital était né ainsi que notre duo London Elektricity, dans la suite logique du projet house Future Homosapiens.
En fait tu es venu assez tard au drum and bass…
En effet, mon premier titre d&b date de 1996. Avant cela j’étais ancré dans la scène jazz-funk – ce qui ne m’empêchait pourtant pas d’aller souvent aux soirées Metalheadz. Mais j’étais tellement occupé par ce que je faisais que je n’avais jamais vraiment pris le temps de faire des morceaux purement orientés breakbeat.
Cela a t’il bouleversé ta conception du son…de pouvoir créer une musique supercussive ?
Ce furent surtout les premiers trucs hardcore à 140 bpm genre Shut Up And Dance qui m’ont donné cette impression bionique. Mais dès que ça a tourné autour de 160 bpm, j’ai ressenti ça comme du reggae avec la basse au demi temps. C’était juste de la musique générée par des samplers au même titre que le dub ou le hip-hop, juste légèrement différente. Je crois surtout que le changement fondamental vient du fait que ces sons étaient dessinés d’une façon précise afin d’être joués en club.
Procèdes-tu différemment quand tu produit des tracks d&b ?
Pas vraiment. D’ailleurs London Elektricity est plus connu comme un projet d&b mais j’essaye toujours de ne pas me limiter à cet aspect, notamment avec les compilations « Out Patients ». C’est pourquoi j’ai beaucoup de respect pour toute la scène broken beat qui, à mes yeux n’est que la renaissance de ce que j’ai vécu dix ans auparavant du temps de l’acid jazz, bien que beaucoup ne veuillent pas l’admettre. Ca sonne comme du Roy Ayers avec ses ingrédients de base : les fender rhodes et le moog au dessus.
En 2001, Roy Ayers bosse avec 4 Hero. Et tu n’es pas en reste puisque tu as toi-même remixé les Head Hunters de Herbie Hancock il y a deux ans…
C’était une expérience passionnante ! Ils sont même venus jouer dans le cadre d’une de nos soirées au Jazz Café. Le concert n’était pas super parce qu’ils étaient tous bourrés, mais ce fut un vrai bonheur de les rencontrer et de les entendre dire qu’ils appréciaient notre remix !
Cette longue expérience rend ta musique plus mûre que celle d’une majorité de la nouvelle génération dont la culture vient souvent uniquement des raves…
Chacun son parcours. Ma force est peut-être d’y être venu plus tard bien que ça me trottait dans la tête depuis plus de six ans d’une manière ou d’une autre.
Qu’en est il du futur album de London Elektricty ?
On a du le retarder un peu jusqu’à fin 2001 environ afin de faire face au succès croissant du label. Outre Robert Owens (voix mythique de la house de Chicago, dont le sensuel « My Dreams » est disponible en maxi ndr), j’espère pouvoir collaborer avec Don Blackman (légende du jazz-funk américain ndr) ainsi qu’avec mon vieux pote MC Mellow et quelques autres. Ce sera un album très vocal, à 80 % environ.
A l’image de gens comme 4 Hero, tu as sûrement à cœur de concevoir un vrai album d’artistes plutôt qu’une compilation à l’usage exclusif des dj’s…
Oui, ça me fait penser à toute votre génération « french touch » qui a changé la face de la house vers 1995. Avant eux il n’y avait quasiment jamais eu de vrais albums de house qui puissent toucher autant de gens. Leur approche était plus ouverte. Et je pense que le d&b atteint ce cap cette année. Des mecs comme nous, Danny Byrd, Zinc ou Marcus Da Intalex ont un peu la même attitude : nous tentons de toucher des publics divers tout en préservant notre identité.
Tu écris toujours des chansons ?
Oui je m’y remets en ce moment, d’ailleurs c’est marrant je me met à réécouter les trucs que je faisais il y a presque trente ans !
Comment as-tu contacté Robert Owens ?
Grâce à mon éditeur qui a eu l’idée folle de me le proposer ! Il s’est assis là où tu es… et c’était magique !
C’est également intéressant de voir des producteurs d&b se tourner vers la house, à l’image de l’excellent « It’s Takin Over Me » de Marcus Da Intalex…
Effectivement. Ca a surpris pas mal de monde et c’est le disque d’Hospital qui continue à se vendre le mieux à ce jour…
Avec Landslide vous avez aussi de très bonnes réactions de la part de la scène two step…
A fond. Tim (Landslide ndr) fait une sorte de cross-over entre le two step originaire d’East London et le broken beat de West London.
Un bel exemple d’ouverture d’esprit typiquement londonienne.
Totalement. Nous fondons de grands espoirs en Tim. Et nous adorons le two step tout comme tous les autres styles…
Et d’où sort ce petit génie de Danny Byrd ?
Il n’a que 22 ans et vit à Bath, au sud de Londres. Sa grande fraîcheur réside dans ses influences r n b. Il a vraiment un pur style bien à lui mais il bosse très lentement. Il ne fait que débuter…
Tout comme High Contrast.
Oui. Je l’ai rencontré dans un magasin de disques au pays de Galles. De même que Danny c’est un mec très jeune qui fait du très gros son ! On se concentre sur eux en ce moment sans signer d’autres artistes pour l’instant car j’aurai la flemme de remplir les paperasses. Hospital marche du tonnerre à l’image de notre nouvelle compilation « Plastic Surgery », ce qui nous met dans une position avantageuse. Si bien que Goldie vient de nous commander des titres pour son label Metalheadz. On a donc du pain sur la planche si on veut sortir notre album avant la fin de l’année.
Irie
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