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Homme orchestre comme il en existe de plus en plus, Joakim s'est lancé dans une carrière musicale quand son talent peu commun a reçu un écho favorable auprès de DJ Gilb R, qui l'a signé sur sa division "broken beat", Future Talk. Ce premier disque a connu un succès d'estime chez les mélomanes curieux de cette petite planète, et voilà qu'on nous annonce un album de relectures personnelles de ce "Tiger Sushi" qui n'avait donc pas encore révélé tous ses secrets. Commentaire avisé de Joakim en personne.
Future Talk sort un album de remixes tirés de ton premier album, "Tiger Sushi". Etant donné que c'est plutôt une pratique de relance de vieux croûtons dans l'industrie du disque, quelles sont les raisons artistiques de cette sortie ?
Gilb R a eu l'idée de faire un album de remixes pour fédérer cette scène néo jazz autour de l'album. L'idée me plaisait de savoir que des mecs que je respecte utilisent ma musique pour faire leurs propres versions. Phil Asher a même demandé de faire un remix, c'est assez flatteur.
Considères-tu que "Tiger Sushi" constituait une bonne matière première pour des remixes ?
Ca j'aurai du mal à le dire. Je ne sais pas de quelle manière les gens se sont servis de mes sons. Pour être franc, certains ont eu des difficultés et ont changé de morceau en route.
Es-tu heureux du résultat, et quels sont tes mixes préférés ?
Globalement je suis très content. Il y en avait que j'aimais moins au premier abord, comme celui de Sci Clone, et au fur et à mesure, je l'ai trouvé de plus en plus attachant. J'aime bien le remix de Catalyst, celui de Dego parce qu'il a vraiment utilisé les sons d'origine et en a fait un truc complètement explosé. J'ai été très épaté de la façon dont il a pris les sons et tout foutu en l'air. Le remix de Seiji aussi. En fait, il n'y a aucun remix que je déteste, sinon on aurait pas hésité à en demander un autre.
"Tiger Sushi" est sorti il y a un peu moins d'un an. On imagine que tu n'en es pas resté là, alors où en es-tu maintenant de tes aventures musicales ?
Le son est beaucoup plus élaboré : j'arrive à peu près à reproduire un son que j'ai dans la tête, ce dont j'étais incapable au moment de l'enregistrement de "Tiger Sushi". Je n'étais pas trop satisfait du mixage de l'album alors j'ai surtout travaillé là-dessus. J'ai aussi appris quelques nouvelles techniques de production. Certains morceaux sont uniquement basés sur le son; ils sont plus abstraits, minimalistes, et d'autres sont plus construits en terme de composition.
Tu fais toujours autant de solos ?
Non, il y a moins de solos, mais il y en a quand même. J'ai délaissé cet aspect parce que je préfèrerai avoir de vrais instruments, le vibraphone sur le synthétiseur a ses limites. C'est l'idée derrière la musique électronique aussi : se débrouiller avec ce que tu as. Le manque de moyens est aussi ce qui te pousse à la créativité.
A l'écoute de "Tiger Sushi", une oreille non exercée peut croire qu'il s'agit d'un vrai groupe qui joue. Depuis la sortie de l'album, d'autres disques sont apparus dans le même registre, je pense entre autre à Cinematic Orchestra. Qu'en penses-tu ?
Je ne me rendais pas forcément compte déjà que des gens puissent entendre un groupe dans "Tiger Sushi". C'est vrai qu'il y a des enchaînements, les instruments se répondent, parce que je pensai ma musique en terme de discours musical. Cela dit, Cinematic Orchestra a utilisé de vrais instruments. Le jazz est la musique que je préfère alors ça transparaîtra toujours mais j'ai bien d'autres influences. Peut être qu'après avoir vu l'engouement que ça avait provoqué, je suis parti dans une autre direction, sans puiser forcément dans le langage du jazz. Les gens qui essayent de recréer l'atmosphère du jazz des années 60 avec un break plus funky, ça m'ennuie.
Sur quoi travailles-tu en ce moment et quand est-ce que ça sort ?
J'ai pas arrêté toute l'année donc j'ai quasiment un autre album de terminé. On le sortira sans doute au début de l'été, après les remixes. Il faut faire le tri. Sinon, je travaille avec Tony Allen sur la production d'un morceau. Il joue des patterns de batterie et qu'il faut utiliser sans dénaturer l'esprit de son jeu. C'est vraiment mortel parce que c'est Tony Allen.
Aimerais-tu faire des remixes ?
Je crois que ça me plairait beaucoup, parce que j'ai une tendance à perdre beaucoup de temps pour chercher le bon son. Alors qu'on me file des sons et que je doive me débrouiller avec, ça me faciliterai un peu la tache.
Dernière chose. Tes titres sont souvent assez drôles, comment les trouves-tu ?
Les titres viennent après avoir fini les morceaux. De manière générale, le langage vient après la musique. C'est assez dur de trouver un titre en fin de compte, donc j'essaye de visualiser, de mettre un truc évocateur, ou provocateur. Ils peuvent sembler surréalistes, mais tant qu'à faire autant pousser la création dans tous les domaines !
Gregory Papin
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