|
|
|
Gilles Peterson est ce que l'on pourrait qualifier en jargon marketing de leader d'opinion. Patron d'un label aux immenses ressources artistiques (Nu Yorican Soul ou Reprazent), dj, mais surtout amateur de bonnes musiques, il donne le ton des prochaines tendances musicales dans ses émissions de radio largement suivies, toujours à l'affût de la perle rare. La sortie de sa compilation mixée dans la série Incredible permet de juger sur pièce, et nous a donné l'opportunité de décrypter, un peu, son savoir faire.
Tu vas bientôt sortir sur Talkin Loud un nouvel artiste, MJ Cole, de la scène UK garage. Comment prépares-tu le terrain ?
On apporte tout de suite les dernières finitions. Il faut décider des singles, des remixes, envisager un live et surtout lui donner une bonne attaque. On le teste.
Tu utilises toujours le même procédé ?
Non, chaque projet est différent. MJ Cole a déjà beaucoup de presse alors qu'on a sorti qu'un seven et un twelve inch. Ce sera le meilleur moment de le sortir, ça me rappelle " New Forms " de Roni Size.
C'est vrai que le UK garage, comme la jungle, ne sont pas des genres très acceptés. Talkin Loud les rend acceptable ?
MJ Cole vient de la scène UK garage mais il a beaucoup plus à offrir, ça devrait surprendre les sceptiques. Si la question est de vulgariser ou développer ces styles, je pense qu'on contribue plutôt à les développer.
Tu donnes ton avis pendant l'enregistrement ?
Ca dépend des artistes, mais oui, jusqu'à un certain point, après c'est à eux de voir s'ils l'écoutent. La plupart savent mieux que moi ou ils veulent aller. En ce qui concerne MJ Cole, je lui conseille plutôt de durcir un peu sa musique. Certains croient que Talkin Loud n'est qu'axé sur les mélodies, les aspects musicaux. Mais " Brown Paper bag " n'est pas de la musique douce. Je n'aime pas quand c'est dilué. Keep it hard !
Quelles sont les qualités requises pour les artistes que tu signes ?
Je signe des artistes qui ont une vision, et qui veulent travailler dur. J'en reviens à Roni Size, c'est un workaholic. Aujourd'hui il ne s'agit plus de sortir des bons disques, il y a beaucoup à faire après : la promotion, les tournées. Si tu veux y arriver en tant qu'artiste, tu ne peux pas être paresseux. Même les meilleurs doivent travailler dur pour se faire connaître.
A quelle heure préfères-tu mixer en soirée, et pour combien de temps ?
J'aime jouer tôt ou tard, pas à deux heures, c'est trop de pression. Dans mes soirées au Bar Rhumba (" That's how it is ", tous les lundis), je joue avant l'invité, j'ouvre, je suis plus à l'aise pour installer une atmosphère. Pour les gros évènements, je préfère mixer pendant deux heures. Ca me prend 45 minutes pour rentrer dedans, alors quand je termine dix minutes plus tard, je suis rarement bon ! D'un autre coté j'aime faire de longs sets, cinq ou six heures, voyager.
Tu as tes habitudes pour commencer tes sets ?
Je commence radical, ambient par exemple, pour annoncer que je suis là et faire mon truc. Ensuite je monte et je redescends. Ma technique, c'est les contrastes, le chaud et le froid, le noir et le blanc, faire des breaks, reconstruire. Chaque morceau est une réaction au précédent, et j'essaye de voir quatre ou cinq morceaux à l'avance pendant que je mixe. Par contre je ne prépare jamais mes sets, ça ne marche pas. Et je n'amène jamais trop de disques avec moi, pour ne pas avoir l'embarras du choix, ni les disques trop évidents. J'ai remarqué que la facilité ne payait pas : pour faire un bon set, il faut se mettre à l'épreuve en quelque sorte.
Certains ne comprennent pas l'art de la sélection, qu'on veut opposer à l'art du mix. Qu'as-tu à leur répondre ?
D'abord que je mixe, je peux définitivement caler deux disques. Quand je joue trois morceaux de house d'affilée, ils sont mixés plus traditionnellement. Mais mon problème est que je ne reste pas entre 122 et 126 bpm toute la nuit. Je joue différents styles, différents tempos. C'est amusant que ce que tu me racontes, c'est ce que j'entendais il y a trois ans en Angleterre. Et Kervorkian m'a mis la pression parce qu'il n'invitera pas de dj anglais avant que je vienne mixer à sa soirée Body & Soul, mais ces gars-là sont incroyables, ils mettent trois disques ensemble, utilisent des effets, je dois admettre que ça me fait peur de passer avant eux.
Tu apportes un soin particulier à la réalisation de tes émissions radiodiffusées "Worldwide". Qu'est-ce que cette activité t'apporte ?
C'est d'abord très gratifiant d'être écouté dans des endroits aussi divers que la Croatie, la Nouvelle Zélande ou Los Angeles. Et je vais faire un aveu : s'il avait fallu ne compter que sur les ventes en Angleterre, Talkin Loud serait terminé. On vend plus rien qu' en Suisse !
Dernière chose : votre site Internet nous laisse perplexe.
OK. Merci de me le rappeler. J'ai honte, rien n'a changé depuis deux ans, mais on va faire le nécessaire.
Gregory Papin
|